Tout savoir sur le Festival d'Avignon 2026


La conférence de presse du Festival d'Avignon In 2026 s'ouvre avec un petit décalage. Françoise Nyssen, présidente du Festival d’Avignon, est absente. Un retard de train - "si peu français" glisse Tiago Rodrigues avec humour - l’empêche d’être là après la présentation de la veille à Avignon. Elle avait pourtant tenu à partager quelques mots pour cette 80e édition, présentée comme une “grande fête des questions”. Et une phrase de Nietzsche est citée pour poser le cadre : “Ce n’est pas le doute, c’est la certitude qui rend fou.”
Tiago Rodrigues, qui avait introduit la conférence à la place de Françoise Nyssen, poursuit donc, en nous expliquant ce que le Festival a décidé de faire cette année. Ou plutôt... ne pas faire. Dans une société qui produit “trop de mauvaises réponses”, dit-il, le Festival d’Avignon veut chercher les bonnes questions. Pas forcément celles qui trouvent une réponse. Plutôt celles qu’on accepte de garder ouvertes.
Le 80e Festival d'Avignon sera une fête des questions posées par les artistes au public.
L’idée revient plusieurs fois : si le festival avait des réponses, il ne serait peut-être plus un festival d’art vivant. Ce qui compte, c’est cette capacité des artistes à poser des questions dont le monde a besoin. Et ces questions traversent toute la programmation : Qu’est-ce qui nous rassemble ? Le doute est-il nécessaire, même dans les périodes d’incertitude ? Comment donner corps à une histoire effacée ? Doit-on toujours défendre la démocratie ? Comment finissent les civilisations ? Peut-on rire contre la haine ? Que racontent les lieux, les architectures, les cuisines ? Et qu’est-ce qui se passera le jour où on ne jouera plus Hamlet ?
L'affiche du Festival s’inscrit dans cette continuité : un point d’interrogation, imprimé comme un geste, presque comme un coup porté sur une table.
Le Festival annonce une édition portée par 47 spectacles, environ 300 représentations et une jauge renforcée. Officiellement, la programmation 2026 affirme aussi, pour la première fois, une majorité de femmes à la direction des créations : 27 femmes, 16 hommes et 6 collectifs. Autre point fort : le festival reste très international, avec 12 pays représentés tout en gardant un fort ancrage français. Le coréen sera la langue invitée de cette 80e édition, après l’anglais, l’espagnol puis l’arabe.
Comme chaque année, le choix de la langue invitée n’est pas un simple clin d’œil géopolitique ou une caution tendance. Le Festival l’assume comme une manière de mettre en avant la richesse des arts vivants coréens, à travers les spectacles, mais aussi la littérature, la musique, le cinéma ou encore la gastronomie. En clair : Avignon 2026 ne va pas juste “programmer de la Corée”, il va essayer d’ouvrir un vrai paysage.
Une édition qui s'annonce comme une accumulation de directions, de tensions, et de sujets, plutôt que comme une ligne unique facile à résumer !
L’ouverture à la Cour d’honneur du Palais des papes sera confiée à Julien Gosselin avec Maldoror, une création qui fait dialoguer Lautréamont et Roberto Bolaño. Dix ans après 2666 à Avignon, Gosselin revient donc à Bolaño, et revient surtout par la très grande porte. Sur le papier, ça annonce une fresque sombre, littéraire, démesurée, très exactement dans la zone où Avignon aime encore se rêver immense.
Autre arrivée marquante : Tiphaine Raffier avec L’hors-présence. ou Chimères du pays de Morsan, annoncée dans la programmation officielle, et présentée lors de la conférence comme une pièce qui place la question de la fin de vie et de la famille au centre d’un huis clos sous tension. Rien que par sa présence, c’est un signal : le festival continue de miser sur des artistes capables d’articuler ambition formelle et questions frontalement contemporaines.
Il y a aussi le retour de Rebecca Chaillon avec La parabole du seum, après avoir marqué les esprits en 2023 avec Carte noire nommée désir. Dans le même mouvement, le festival accueille Ahmed El Attar avec Salma, Mon Amour, Christiane Jatahy et Wagner Moura avec Un procès – après l’ennemi du peuple, ou encore Jeanne Candel avec CAPRA (une chèvre), inspiré du mythe de Dionysos. Chez Jatahy et Moura, la proposition part explicitement d’Ibsen pour réinterroger l’écologie, la vérité, la politique et l’ère des fake news.
Le versant Shakespeare, lui, sera particulièrement visible. Le festival proposera deux Hamlet très différents : une version itinérante signée Thibault Perrenoud, pensée pour trois acteurs et destinée à circuler dans des quartiers et communes autour d’Avignon, et The Last Hamlet de Ben Duke, présenté comme un Hamlet qui revient supplier qu’on ne mette pas fin à son histoire. Il y a quelque chose d’assez drôle et assez vertigineux dans cette idée : en 2026, même le festival semble se demander comment continuer à jouer les classiques sans faire semblant de les redécouvrir chaque été.
Dans cette même veine, Andrea Jiménez présentera Casting Lear, pour la première fois au festival. À chaque représentation, un acteur différent est dirigé dans le rôle de Lear sans connaître le spectacle à l’avance ; pour Avignon, les noms annoncés sont Denis Podalydès et Éric Ruf en alternance. Là encore, le dispositif dit quelque chose de la programmation : on est du côté du jeu, du risque, de la mise en crise du théâtre lui-même.
Le coréen sera présent tout au long du festival, et de nombreux spectacles en portent très concrètement la présence. Le festival annonce notamment Island Story de Kyung-Sung Lee, MULJIL de Lee Jinyeob, 1 Degree Celsius de Sung Im Her, ainsi que trois propositions de Jaha Koo : Cuckoo, The History of Korean Western Theatre et Haribo Kimchi.
Jaha Koo sera d’ailleurs l’un des noms à suivre de très près. Cuckoo revient sur vingt ans d’histoire coréenne à travers un dialogue improbable avec trois cuiseurs à riz ; The History of Korean Western Theatre s’attaque à l’influence occidentale sur le théâtre coréen ; Haribo Kimchi mêle scène et cuisine. Sur le papier, c’est l’un des endroits où cette édition semble la plus excitante, où la Corée cesse d'être un objet lointain mais devient quelque chose de très concret.
Le théâtre reste évidemment au centre, mais la programmation 2026 s’étend bien au-delà. Côté danse, on retrouve notamment Mathilde Monnier et Lucie Antunes avec Silence, Sung Im Her avec 1 Degree Celsius, Madeleine Fournier avec Growing piece, Boris Charmatz avec Muette, Trajal Harrell avec un solo intime, et Katerina Andreou avec HOW ROMANTIC. Cette circulation entre états du corps, musique, mémoire et conscience traverse visiblement toute l’édition.
Côté cirque et formes hybrides, il faudra compter avec Johann Le Guillerm et Terces, KIN: Yeonhee Project I, qui mêle danse, cirque et percussions dans un rapport annoncé comme plus festif et informel au public, ainsi qu’avec le Collectif XY, qui ramène le cirque en Cour d’honneur avec une adaptation en plein air du Pas du monde. Là aussi, le geste est fort : pour une édition anniversaire, Avignon ne se contente pas de sanctuariser ses lieux, il essaie aussi de les déplacer.
Dans les artistes et interprètes qui feront parler, il y a évidemment Isabelle Huppert, annoncée pour Oiseau, une lecture-performance créée pour la Cour d’honneur en collaboration avec Han Kang, avec également Lee Hye-young. Il y a aussi Valérie Dréville avec Thésée, tg STAN avec 1, 2, 3 Poquelin, Forced Entertainment avec Everything Must Go, et un concert unique de Benjamin Clementine à la Cour d’honneur. Dit autrement : Avignon 2026 essaye de tenir ensemble des gestes monumentaux, des dispositifs plus joueurs, des écritures très contemporaines et des présences qui, à elles seules, aimantent déjà une partie du public.
Maldoror - Julien Gosselin
Cour d’honneur du Palais des Papes
du 4 au 12 (sauf le 7)
Création d’ouverture mêlant Lautréamont et Roberto Bolaño, annoncée comme une grande fresque théâtrale et littéraire.
Oiseau - Julie Deliquet / Han Kang
Cour d’honneur du Palais des Papes
les 15 et 16
Lecture-performance autour d’une écriture de la mémoire, portée par Isabelle Huppert et Lee Hye-young.
Concert - Benjamin Clementine
Cour d’honneur du Palais des Papes
le 19
Un concert unique dans la Cour, porté par une présence et une voix très singulières.
Le Pas du monde - Collectif XY
Cour d’honneur du Palais des Papes
du 22 au 25
Le cirque revient dans la Cour avec des corps qui deviennent paysages.
L’Aube des questions
Cour d’honneur du Palais des Papes
le 26
Clôture du festival autour d’un geste mêlant théâtre, musique, danse et poésie.
L’hors-présence - Tiphaine Raffier
La FabricA
du 4 au 10 (sauf le 6)
Huis clos familial autour de la fin de vie, qui interroge la place du théâtre face à la mort.
La Parabole du seum - Rébecca Chaillon
Cloître des Célestins
du 4 au 12 (sauf le 7)
Une forme mêlant performance et récit pour donner une place à celles et ceux privés d’histoire.
Salma, mon amour - Ahmed El Attar
L’Autre Scène du Grand Avignon – Vedène
du 5 au 8
Une famille bourgeoise égyptienne traversée par des tensions intimes et politiques.
Nous ou le paradoxe du hérisson - Muriel Imbach
Théâtre Benoît-XII
du 5 au 12 (sauf le 9)
Une réflexion sur la famille et les liens qui nous unissent.
Mon frère - François Gremaud
Chartreuse-Cnes de Villeneuve lez Avignon
du 7 au 13 (sauf le 10)
Une pièce en langue des signes, créée avec son frère, sourd de naissance.
Le deuil sied à Électre - Gwenaël Morin
Jardin de la rue Mons – Maison Jean Vilar
du 7 au 23 (sauf les 12 et 19)
Une relecture d’Électre qui interroge la lumière possible dans le deuil.
Un procès, après l’ennemi du peuple - Christiane Jatahy & Wagner Moura
Gymnase du lycée Aubanel
du 11 au 23 (sauf les 13 et 18)
Une réflexion sur la démocratie et la vérité à partir d’Ibsen.
Thésée, sa vie nouvelle - Valérie Dréville & Guy Cassiers
L’Autre Scène du Grand Avignon – Vedène
du 12 au 24 (sauf les 15 et 19)
Une traversée intime entre mythe et récit personnel.
Bâtir - Salim Djaferi
Théâtre Benoît-XII
du 17 au 24 (sauf le 19)
Une pièce sur les liens entre architecture, colonialisme et racisme.
CAPRA (une chèvre) - Jeanne Candel
Gymnase du lycée Mistral
du 19 au 25 (sauf le 22)
Une exploration du mythe de Dionysos et des origines du théâtre.
Bunker - Marion Siéfert
La FabricA
du 19 au 25 (sauf le 22)
Un père et sa fille dans un bunker, entre parole excessive et mutisme.
Casting Lear - Andrea Jiménez
Opéra Grand Avignon
les 24 et 25
Un acteur différent chaque soir, sans préparation, pour jouer Lear.
Hamlet - Thibault Perrenoud
Spectacle itinérant
du 8 au 25 (sauf les 12 et 19)
Une version pour trois acteurs qui circule dans Avignon et ses alentours.
The Last Hamlet - Ben Duke
Cloître des Célestins
du 17 au 24 (sauf le 19)
Un Hamlet qui questionne la nécessité de continuer à jouer Hamlet.
Island Story - Kyung-Sung Lee
Gymnase du lycée Aubanel
du 4 au 6
Une pièce à partir de témoignages de survivants.
MULJIL - Lee Jinyeob
Cloître des Carmes
du 4 au 7
Des corps en apnée dans une proposition très visuelle.
Cuckoo - Jaha Koo
Gymnase du lycée Mistral
du 5 au 8
Un dialogue avec des machines, métaphore de la solitude contemporaine.
The History of Korean Western Theatre - Jaha Koo
Gymnase du lycée Mistral
du 6 au 9
Une réflexion sur l’histoire du théâtre coréen.
Haribo Kimchi - Jaha Koo
Gymnase du lycée Mistral
du 10 au 14
Une forme mêlant théâtre et cuisine avec dégustation.
1 Degree Celsius - Sung Im Her
Cour du lycée Saint-Joseph
du 5 au 12 (sauf le 8)
Une danse physique portée par la musique électronique.
Neige, neige, neige - Lee Jaram
Opéra Grand Avignon
du 17 au 23 (sauf les 19 et 20)
Une performance de pansori autour d’un texte de Tolstoï.
Silence - Lucie Antunes & Mathilde Monnier
Carrière de Boulbon
du 5 au 8
Onze interprètes explorent la place du silence.
HOW ROMANTIC - Katerina Andreou
La FabricA
du 13 au 16
Une pièce sur le couple, entre proximité et distance.
Growing piece - Madeleine Fournier
Les Hivernales – CDCN d’Avignon
du 10 au 19 (sauf le 15)
Une création autour du deuil et de la transformation.
Muette - Boris Charmatz
Chartreuse-Cnes de Villeneuve lez Avignon
du 17 au 24 (sauf le 20)
Un solo intime autour de ce qui ne peut pas être dit.
Music Music -Trajal Harrell
Cloître des Carmes
du 22 au 24
Un solo sur les liens entre musique, mémoire et corps.
Vive le sujet ! Tentatives – Séries 1, 2 et 3
Jardin de la Vierge du lycée Saint-Joseph
du 8 au 25
Des formes courtes expérimentales pensées comme des laboratoires.
Songs of Grief - Vanasay Khamphommala
Mahabharata – Bar du Festival
dates multiples
Une performance musicale liée à une histoire intime.
Je te chante une chanson toute nue en échange d’un verre - Vanasay Khamphommala
Mahabharata – Bar du Festival
dates multiples
Une proposition qui interroge ce qu’on échange réellement dans un spectacle.
KIN: Yeonhee Project
Mahabharata – Bar du Festival
du 8 au 12
Un mélange de danse, percussions et formes traditionnelles coréennes.
Terces - Johann Le Guillerm
Festival Villeneuve en Scène
du 8 au 20 (sauf les 11 et 18)
Une proposition circassienne nourrie de poésie et d’utopie.
Everything Must Go - Forced Entertainment
Cour du lycée Saint-Joseph
du 16 au 22 (sauf le 19)
Dans un monde dystopique, les humains parlent à travers des voix d’IA.