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Laurent Ruquier, théâtre, télé, radio : qu’est-ce qui vous définit aujourd’hui ?

Pour mieux comprendre ce qui vous définit, on vous a proposé un jeu de choix rapides — théâtre, télé, scène, public — avant de prolonger la discussion.

Directeur ou producteur de théâtre ? Directeur. Je ne produis pas mes propres pièces, mais je produis des seuls-en-scène d’autres artistes ; cela me permet de garder mon indépendance entre créatif et businessman

Théâtre Antoine ou théâtre de la Michodière ? La Michodière est mon théâtre de coeur puisque ma pièce s'y joue mais j'ai une tendresse énorme pour le théâtre Antoine.

Théâtre à l'italienne d'une manière générale ? Oui, rien de vaut un beau théâtre à l’italienne, cela fait partie de l’expérience théâtrale.

Acteur ou spectateur ? producteur-spectateur de préférence, parce qu’on participe quand même à l’aventure du spectacle. Mais je dois dire que j’ai hâte de jouer au théâtre, pour la première fois de ma carrière hormis un petit remplacement dans une pièce par le passé. J’ai fait du standup où j’étais moi-même, sans incarner de personnage, c’est différent. Cette fois il y aura l’interaction avec les autres comédiens et je vais enfin vivre cette aventure.

D’ailleurs je vais me consacrer uniquement au théâtre et à la radio et ne plus faire de télé. J'en ai marre qu'on me voit à la télé en fait, je ne peux plus voir ma bobine. Je suis vieux maintenant, je ne me suis jamais supporté alors avec l’âge ça ne s’arrange pas ! Au théâtre, les gens sont loin, ils ne verront pas trop les défauts…La télé c'est aussi les réseaux donc vous allumez votre téléphone vous voyez votre tronche avec vos tics et le visage que vous n’avez pas envie d’avoir. J’ai fait mon temps ! Je serai au théâtre chaque soir à partir de la rentrée 2026. Prenez les derniers rangs, vous me verrez de loin !

Public scolaire ou public retraité ? Plutôt retraité. Evidemment il faut amener les jeunes vers le théâtre mais en faisant les bons choix, avec pédagogie en donnant les clés de lecture et sans commencer par les pièces difficiles, au risque de les dégoûter pour longtemps.

Comment choisissez-vous les metteurs en scène de vos pièces ?

Ce n’est pas vraiment un choix, ce sont les circonstances qui font que l’on va travailler avec l’un ou l’autre. Monter une pièce est extrêmement compliqué, même pour soi-même. J’ai essayé plusieurs fois de monter ma dernière pièce, L’Expérience théâtrale, écrite il y a 17 ans et modifiée sans cesse. J’ai dû aller chercher des gens de la télé pour la jouer. Vous avez toujours un directeur de théâtre qui va vous dire oui ou non pour tel comédien, ce sont des querelles de famille : théâtre public théâtre privé, chic pas chic, boulevard pas boulevard, celui-ci vient de la télé ou non etc… cet ostracisme existe bel et bien.

Marie Pascale Osterrieth a été notre metteuse en scène pour Je préfère qu’on reste amis et je dirais bien que c’est la meilleure car elle est parvenue à embellir ma pièce, elle en a fait une vraie comédie romantique, sensible, pleine d'émotion avec un décor magnifique. Elle réussit à concrétiser et parfaitement traduire mes pièces sur scène. J’aime les metteurs en scène qui font un peu mal et dirigent leurs acteurs. Patrice Leconte avait fait une très belle mise en scène, formidable, pour Grosse Chaleur. Steve Suissa, c’est un vrai pro et c’était très réussi sur A droite à gauche. Avec d’autres – et pas des moindres – on peut être déçus, certaines scènes sont coupées sans nous en informer. J’ai été plutôt gâté, disons à 90% avec des gros et petits succès mais jamais de bides. Tardieu, pour Landru, avait fait une belle mise en scène mais le théâtre Marigny était trop grand et j’avais plusieurs pièces qui se jouaient en même temps donc celle-ci a eu un peu moins de succès. Jean-Luc Moreau a su très bien diriger Palmade dans Si c’était à refaire et la pièce a eu un succès énorme.

Et si on composait votre distribution idéale ?

Avec qui rêvez-vous de partager la scène un jour ? Isabelle Mergault. J’ai écrit pour elle, mais il y a longtemps qu'on n’a pas été associés et j’adorerais un jour évidemment jouer au théâtre avec elle. Ce serait la cerise sur le gâteau.

Et avec un acteur masculin ? Michaël Gregorio ou Vincent Dedienne.

Avec qui vous partiriez en tournée pendant un an ? je vais sûrement partir en tournée avec les acteurs de ma prochaine pièce. Je suis plutôt un bon compagnon de voyage, qui crée du lien. Il faudra en tout cas que ce soient des gens qui vont dîner après ! Le théâtre c’est aussi l’occasion de partager des moments avec des gens du métier et de rigoler autour d’une table.

Qui jouerait votre propre biopic ? Un malchanceux parce qu’il n’y a pas il n’y a pas grand-chose à raconter ! Disons Jude Law, autant être à son avantage !

Avec qui seriez-vous très impressionné de partager la scène ? Avec de vrais acteurs, parce que je ne me considère pas comme tel, il faut du respect pour ceux qui ont appris le métier ! J’espère me débrouiller et être drôle sur scène dans ma prochaine pièce. Je l’ai écrite et le rôle est proche de moi. Je serais impressionné de jouer avec Vincent Dedienne ou Guillaume Gallienne.

Pourquoi L’Expérience théâtrale est-elle restée 17 ans dans un tiroir ?

Il faut attendre que l’opportunité se présente. Cette pièce a eu beaucoup d’histoires, on a envisagé Francis Perrin, Michel Duchaussoy, Francis Huster et même une version féminine avec Marie Laforêt, proposée aussi à Isabelle Adjani qui n’a jamais répondu. Finalement Max Boublil cherchait une pièce où jouer mais il fallait trouver le bon partenaire. La pièce était écrite pour deux comédiens chevronnés, c’était une confrontation entre théâtre public, théâtre privé. Finalement suite à une lecture avec Vincent Dedienne et Michel Aumont, j’ai réécrit la pièce afin de confronter les générations. Ensuite Max a proposé la pièce à François Berléand, qui fait le vieux un peu ronchon face à Max le jeune insolent, et c’est vraiment écrit pour eux.

En fait c'est une pièce qui qui est réadaptable en fonction des acteurs puisque c'est un hommage au théâtre où les deux comédiens jouent leur propre rôle et sont comme des spectateurs de la salle. Les vrais acteurs, c'est le public. Si la distribution changeait, la pièce serait complètement différente. Ce qui fonctionne dans cette pièce, c’est vraiment la confrontation. Par exemple au tout départ la meilleure version envisagée était Jacques Sereys, avec un côté un peu précieux, face à Gérard Hernandez, qui incarne la comédie de boulevard. Entre Max et François, il y a confrontation dans le langage, dans l'esprit et c'est ça qui cartonne.Aimez-vous interagir avec le public pendant un spectacle ?Quand j’ai commencé au cabaret, j’ai appris que la règle était de ne pas interagir avec le public. J’évite de trop jouer avec cette improvisation, qui est facile et répétitive chaque soir. Ce qui compte dans un spectacle c’est le texte avant tout.

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La première fois qu’on vous a reconnu : un souvenir marquant ?

Je ne m’en souviens pas mais ce qui est toujours surprenant, c'est quand on vous reconnaît lorsque vous êtes très loin de Paris ou à l'étranger. Mais finalement avec l’âge ma notoriété s’amoindrit et je suis tranquille. En revanche je reçois beaucoup de sollicitations, comme je fais pas mal d'émissions où je reçois des invités, mais c'est compliqué, car on ne peut pas faire plaisir à tout le monde. Je fais volontiers des selfies surtout si c'est quelqu'un qui aime ce que vous faites, qui vous apprécie pour votre travail, pas seulement parce que vous êtes connu, ce qui est de la bêtise.

La notoriété aide-t-elle vraiment à monter des pièces de théâtre ?

C’est bien plus compliqué qu’on l'imagine et cela n’aide pas forcément à faire produire mes pièces. Ce n’est pas parce que vous avez eu du succès qu’on vous ouvre toutes les portes des théâtres. Avec le temps, on se fait des amis, des relations, qui au moins voudront lire la pièce, bien que l’impolitesse soit de rigueur. De mon côté, j’essaie de toujours répondre.

Quels sont les after-spectacles les plus mémorables de votre carrière ?

Les après-spectacles avec Isabelle Mergault et et Claude Saraute, avec du champagne ! Je pourrais citer aussi Pierre Bénichou, un sacré caractère, ou Francis Huster, un vrai chef de troupe.

Faut-il parfois mentir aux artistes après un spectacle ?

Parfois on ne peut pas faire autrement pour ne pas se fâcher. Mais lorsqu’on a des choses à dire, il ne faut jamais le faire tout de suite, c’est vraiment la règle. Le tact est nécessaire face à des acteurs qui viennent de jouer. Il faut du temps pour accepter les conseils

Quitter une salle avant la fin : impensable au théâtre ?

D'une pièce de théâtre, non car les acteurs sont sur scène, mais d’un film, oui, ce qui m’a valu une inimitié qui dure...

Avez-vous déjà tenté d’influencer une critique ?

Non d’ailleurs généralement il y a très peu de critiques sur mes pièces. Quelques mauvaises critiques au départ ne changent rien au succès de la pièce. Un critique a quand même osé dire que j’étais paresseux ; on peut m'accorder beaucoup de défauts, mais pas celui-là. Je ne fais pas les choses à la légère. J’écris pendant l’été ou les vacances de Noël, en m’imposant un rétro-planning, c'est la seule façon de faire pour moi parce que j'ai trop d'activités.

Auriez-vous envie d'adapter un grand classique ?

J’ai adapté Chicago, cela m’avait demandé beaucoup de travail et c’était plutôt réussi, mais là ça se joue avec Shy’m dans une autre adaptation. C’est injuste mais il faut l’accepter. Il y a une part de snobisme car je fais de la télé, une sorte de mépris de classe que je ressens un peu parfois, je le comprends.

Quel conseil auriez-vous aimé recevoir plus tôt ?

"Livre-toi un peu plus, exprime tes sentiments envers les autres". Les actes comptent plus que la parole et sur ce point je suis au rendez-vous avec mes amis. Mais parfois, par pudeur, je manque encore d’exprimer les choses, or c’est important.

Y a-t-il eu un moment où vous avez failli tout arrêter ?

Il y a des moments de découragement mais je suis têtu et tenace. Quand une pièce ne se monte pas comme je voudrais, souvent j'en écris une autre qui va se monter avant ou je trouve d'autres idées, d'autres solutions. Pour La Joconde parle enfin, par exemple je peinais à trouver une actrice pour incarner Mona Lisa et j’ai rencontré Karina Marimon par hasard, et depuis c’est un succès avec une tournée extraordinaire. Il faut toujours continuer !

A une époque j’ai arrêté la scène à cause de la radio et de la télé. La radio et l’écriture sont les deux choses les plus importantes dans ma vie. Je suis arrivé sur scène par hasard, mais je ne trouvais pas ça normal que les gens m’applaudissent, je n’ai jamais vraiment aimé cela, même si ça a bien marché.

Pourquoi revenir sur scène aujourd’hui, après 25 ans d’absence ?

J’ai eu envie de revenir au théâtre il y a deux ans après avoir lu Les mémoires de Jacques Rouveyrollis. Cette pièce que je vais prochainement jouer, je ne l’ai pas écrite pour moi. Le producteur, Richard Kay m’a cependant proposé un rôle, et c’est comme si cette envie était enfouie en moi ; elle est ressortie et maintenant j’ai hâte de le faire. Ce sera un retour sur les planches en 2026, 25 ans après mon dernier one man show.

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L'expérience théâtrale
Théâtre de la Michodière
Jusqu'au 
À partir du 
December 31, 2025
1h15
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2026-01-22T19:00+01:00
2026-03-07T21:00+01:00
Mordue
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Mordue
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