Que voir en 2026 au Théâtre 13 ?


Cette saison, le Théâtre 13 a visiblement une obsession : regarder le monde en face. L'extrême droite au pouvoir, le capitalisme qui précarise, les identités qui se cherchent entre deux langues, deux pays, deux versions de soi-même. Sans oublier les corps, les troubles, les adolescences difficiles. C'est dense, c'est engagé, et c'est rarement confortable - dans le bon sens du terme.
Après Kermesse, gros succès de la saison passée, le collectif La Cabale signe une deuxième création dans la même veine : écriture de plateau, beaucoup d'improvisation, humour décalé et corrosif. Le postulat ? On n'est plus capable d'écouter les oiseaux. Tout le spectacle tourne autour de ça - avec en filigrane une petite moquerie assumée de l'art contemporain conceptuel. Dans la lignée des Chiens de Navarre, si vous voyez ce qu'on veut dire.
Interprète notamment dans le spectacle de Rebecca Chaillon Plutôt vomir que faillir, Mélo signe ici un seul en scène autofictionnel et performatif sur son diagnostic borderline. Il a interviewé sa psychiatre, mis les protocoles thérapeutiques en scène, parlé de comment ça impacte sa vie amoureuse. C'est intime, c'est universel, c'est du méta-théâtre sur la psy - et ça s'annonce très touchant.
Chaque lieu partenaire présente un ou une artiste avec un tout début de projet - pas un spectacle fini, une maquette, quelque chose de fragile. C'est un outil de travail pour les pros, mais aussi une façon rare de montrer au public par quoi passent les artistes. Beaucoup de spectacles sont nés de ce festival. D'autres n'ont pas abouti. C'est aussi ça qui en fait l'intérêt.
Un festival qui défend et met en lumière les artistes des territoires ultramarins, avec le 14 octobre en point d'orgue : une journée entière de rencontres autour de la question ultramarine, en plus de deux spectacles de danse le soir.
La passion amoureuse entre deux adolescentes dans un pensionnat, la naissance de leur désir lesbien - et un texte qui avait été censuré. Ce spectacle ne raconte pas seulement l'histoire de Thérèse et Isabelle : à un moment, la pièce bascule, et les personnages deviennent Violette Leduc et Simone de Beauvoir. Un effet miroir entre fiction et réalité, avec musique au plateau et une construction scénographique soignée.
C'est l'essence même du prix : des premières ou deuxièmes créations, des compagnies qui démarrent, une visibilité qui peut tout changer. Le gagnant joue 10 jours, les autres spectacles sélectionnés reviennent l'année suivante. Vingt ans que le T13 fait ça.
Après L'abolition des privilèges et Je m'en vais mais l'État demeure, deux succès au T13, Guillaume Cayet continue sa veine politique - mais cette fois en regardant vers l'avant. Une dystopie : l'extrême droite revient au pouvoir, et on suit le neveu de l'auteur de ses 10 ans en 2027 à ses 70 ans en 2077. Une fresque sur l'écologie, le futur, ce qu'on va laisser derrière nous.
Accueilli en partenariat avec le Festival d'Automne, ce spectacle de l'artiste mexicain Anacarsis Ramos part de la vie de sa mère - un quartier pauvre, des jobs enchaînés, une précarité systémique. Les objets déploient son récit sur le plateau. C'est très anticapitaliste, et c'est aussi une réflexion sur ce que le théâtre peut réparer.
Point de départ : une adolescente qui se filme en train de faire semblant de se suicider. Sur le plateau, elle est accompagnée de quatre créatures mélancoliques, mi-anges mi-démons, qui vont tantôt l'aider, tantôt la torturer. Beaucoup de codes de l'horreur et de la dark fantasy, de la vidéo en direct, des films d'horreur amateurs. L'auteur a essayé d'imaginer le spectacle qui lui aurait fait du bien quand il était adolescent lui-même. Ça se sent.
Une forme performative avec beaucoup d'improvisation, des textes littéraires qui convoquent la figure de la vieille fille, quelque chose de très beau entre Julie Deliquet et Elsa Granat. À surveiller de près.
Ana Maria Haddad Zavadinack est artiste associée au T13 depuis quatre saisons. Son spectacle, c'est ça : elle essaie de traduire une chanson brésilienne, et elle se rend compte qu'elle n'y arrive pas tout à fait. Que les blagues qui marchent en portugais tombent à plat en français. Qu'en France on attend d'elle qu'elle sache danser. Qu'elle doit porter du bleu marine quand elle aime les couleurs. Ça a l'air drôle et doux, abordent l'intraduisibilité de soi dans une autre culture.
Yasmine sort du métro et n'arrive plus à lire les mots autour d'elle. Elle est irakienne et française, et les deux ne cohabitent plus. Tout le spectacle est ce chemin pour les réconcilier - avec ses parents, ses amis, et les dessins animés grâce auxquels elle a appris le français. Yasmine est jouée par deux comédiennes, chacune incarnant une de ses identités. Beau dispositif.
Anturia Soilihi a découvert le théâtre en tant que spectatrice au T13 quand elle était au lycée. Elle joue maintenant sur ce même plateau. Son spectacle veut créer de nouvelles références pour les gens qui viennent de banlieue - des héroïnes ancrées dans la pop culture des années 90, des histoires qui partent de "qui on est, d'où on vient" sans en être prisonnières. Comme si on était déjà dans l'étape d'après.
Un texte sur sa mère atteinte d'alzheimer, adapté d'un livre sur les aidants. Bouleversant et drôle à la fois, très vivant, avec une pianiste-chanteuse au plateau. Une des propositions les plus attendues de la saison.
Le concept : créer des cérémonies d'enterrement pour des gens qui ne sont pas morts. Des amateurs et amatrices produisent une forme artistique (poème, peinture, texte) en hommage à quelqu'un qui compte dans leur parcours - et qui est vivant. Une artiste circacienne lie le tout. C'est insolite, c'est performatif, c'est une des idées les plus originales de la saison.
Toutes les infos sont à retrouver sur le site du Théâtre 13 !