
Badjens
En 2022, en pleine révolte « Femme, Vie, Liberté », Zahra, 16 ans, s'apprête à brûler son voile. Face au danger, sa vie défile : une enfance marquée par le rejet, jusqu'à ce surnom, « Badjens ». Adapté du roman de Delphine Minoui, ce spectacle est un hommage poignant aux femmes iraniennes qui résistent encore aujourd'hui.
2026-07-04
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L'équipe artistique
De Delphine Minoui
Mise en scène Delphine Minoui
Interprétation Alice Rahimi
Chant Hura Mirshekari en alternance avec Fiona Sanjabi
Musique Renaud Satre (N9nE)
Lumière Crystel Fastré
Vidéo Ralph Moussa
Régie générale Julie Duquenoy
La critique de l'Affiche
L'avis de
Martin
Le théâtre est un formidable outil politique. Depuis toujours, il s’empare des grands sujets de société pour dénoncer, se moquer ou revendiquer. Le Tartuffe ou l’Hypocrite de Molière, par exemple, fut interdit sous la pression de l’Église catholique. Aujourd’hui encore, de nombreux spectacles portent des combats pour l’égalité, contre les violences ou pour défendre les grandes causes de notre époque. Mais je dois avouer avoir vu très peu de propositions consacrées à la situation des femmes en Iran. Persécutées par le régime en place et victimes collatérales des conflits qui frappent leur pays, elles sont au cœur de Badjens, le roman de Delphine Minoui, ici adapté au théâtre. Lauréat du Prix des médias digitaux du spectacle le plus engagé du Festival Off Avignon 2026, le spectacle est aussi poignant que révoltant. Il rappelle, une fois encore, à quel point le théâtre est capable de faire entendre les voix que l'on cherche à faire taire.
J’ai beaucoup aimé l’angle choisi par Delphine Minoui pour nous raconter le combat de ces femmes. Elle nous replonge dans l’enfance d’une jeune Iranienne. On comprend ainsi qu’avant même la naissance, être une fille est déjà une condamnation. Peu à peu se dessine un système entier construit pour exclure la moitié de la population au profit des hommes. Car ce n’est évidemment pas la religion qui est en cause, mais bien ceux qui l’instrumentalisent pour asseoir leur pouvoir. Nous, spectateurs, sommes saisis par certaines anecdotes, scandalisés par d’autres, profondément touchés par la souffrance de ces femmes. À la colère se mêle rapidement l’admiration. Celle que l’on ressent face à leur courage quotidien et à l’héroïsme qu’il leur a fallu pour descendre dans la rue lors du mouvement « Femme, Vie, Liberté » en 2022.
L’adaptation théâtrale est particulièrement réussie. Les récits portés avec beaucoup de justesse par Alice Rahimi dialoguent avec des projections vidéo et les chants bouleversants de Hura Mirshekari, réfugiée iranienne. L’ensemble compose une véritable déferlante d’émotions qui nous soulève le cœur. En sortant de la salle, ce sont nos poings que l’on a envie de lever en signe de soutien. Car tout ce que l’on voit sur scène appartient au présent. C’est précisément ce qui rend le spectacle si bouleversant. Il nous oblige à regarder celles que l’on ne voit pas et à écouter celles que l’on n’entend pas. Avec Badjens, Delphine Minoui leur offre une tribune aussi nécessaire que bouleversante.


















