
Un procès - après l'ennemi du peuple
Des années après avoir été discrédité pour avoir révélé que les eaux de sa ville étaient contaminées, le docteur Thomas Stockmann revient pour demander réparation. Mais peut-on encore faire entendre la vérité quand elle dérange les intérêts économiques et politiques ? Le public est ici invité à se glisser dans la peau d’un jury et à prendre part au débat.
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L'équipe artistique
Avec Julia Bernat, Danilo Grangheia, Wagner Moura
Dans le film Jonas Bloch, Marjorie Estiano, Salvador Moura
Participation en ligne Tatiana Henrique
Enfants dans le film Antônio Falcão, José Moura, Henry Soares Paes Leme
Acteurs invités lors de différentes représentations Viviane Pavillon, Matthieu Sampeur
Un projet de Christiane Jatahy et Wagner Moura
Conception et mise en scène Christiane Jatahy
Texte Christiane Jatahy, Wagner Moura, Lucas Paraizo
Scénographie, éclairage et collaboration artistique Thomas Walgrave
Vidéo Julio Parente
Costumes Marina Franco
Direction de la photographie et caméra Paulo Camacho
Conception sonore et mixage Pedro Vituri
La critique de l'Affiche
L'avis de
Mordue
Retour dans le In d'Avignon aujourd'hui avec le nouveau spectacle de Christiane Jatahy, accompagnée pour ce projet par Wagner Moura, célèbre notamment pour son rôle de Pablo Escobar dans la série Narcos. Et pour l'occasion, je ne suis pas venue seule : j'ai choisi ce spectacle pour mon +1 qui va régulièrement au festival OFF d'Avignon, moins dans le In. Pour la hype créée par la venue de Wagner Moura, mais pas que : parce que Un ennemi du peuple est une pièce que j'adore et qu'elle tape toujours hyper juste en 2026, et aussi parce que j'avais hâte de savoir ce qu'il se passe après...
Alors petit reminder de l'épisode précédent : dans Un ennemi du peuple, le Docteur Stockmann pense tenir le scoop du siècle : les eaux thermales de la ville, sa principale source de revenus, sont empoisonnées. Sauf que personne n'a envie d'entendre la vérité quand elle coûte cher, et surtout pas son frère le maire. Résultat : le lanceur d'alerte devient le vilain de l'histoire, et la majorité qu'il voulait sauver le crucifie. Et il est à présent temps de lui accorder ce procès auquel il n'a pas eu droit dans la pièce d'Ibsen.
Je découvre ce dispositif de procès (même si le titre aurait pu m'alerter) sur place, quand le spectacle s'ouvre. Et je trouve immédiatement cette forme hyper alléchante. Quiconque a déjà vu le film Douze Hommes en colère comprendra cette ivresse un peu vertigineuse d'avoir, l'espace d'un instant, le sort de quelqu'un entre ses mains, et la peur, aussi, de se tromper. Et justement, pour accentuer cette perception, le jury de ce procès sera constitué de spectateurs (tirés au sort et consentants, pas d'inquiétude), qui pourront au fil du spectacle poser leurs questions à l'accusé, avant de trancher sur son statut d'ennemi du peuple.
Ce n'est pas le premier spectacle de Christiane Jatahy que je vois, mais c'est peut-être celui avec le dispositif le plus léger. Sur scène, un écran qui sert à afficher les preuves, deux bureaux de part et d'autres sur lesquels sont installés les régies, et c'est à peu près tout. Tout repose sur le texte, sur l'affrontement verbal entre Stockmann et son frère. On les regarde échanger avec énormément d'intérêt, c'est un véritable match qui se joue sous nos yeux. Ils enchaînent preuve après preuve, argumentent, débattent. C'est presque frustrant de devoir lire les sous-titres car je pense qu'on perd toujours un peu là où on voudrait pouvoir tout analyser, chaque virgule, chaque détail de l'accusation comme de la défense.
J'ai regardé ce spectacle avec passion, et pourtant je me demande s'il n'est pas un peu vain. Si les questions qu'il soulève ne sont pas déjà dans la pièce d'Ibsen, si le jugement final peut vraiment accuser le Dr Stockman d'être un ennemi du peuple, si le personnage du maire peut regagner un peu de terrain moral pendant le spectacle. C'est un très bon moment et un très bon spectacle, mais au fond pas forcément plus intéressant que la pièce elle-même. C'est presque une manière différente d'aborder la pièce, d'en compléter quelques angles morts. Les questions soulevées sont celles qu'on retrouve déjà dans la pièce : faut-il choisir le court terme, et risquer la santé de ses concitoyens, ou voir au long terme, et risquer une crise économique majeure ?
Le plus intéressant reste encore le dernier débat, construit autour de la tirade la plus célèbre de la pièce : celle de la "majorité compacte" qui aurait toujours tort. Le maire en fait une arme retournée contre son frère : si tu méprises à ce point la majorité, n'es-tu pas toi-même l'ennemi du peuple ? J'aurais aimé que le spectacle s'attarde davantage sur ce piège rhétorique, voir Stockmann s'en défendre, voir les arguments d'Ibsen creusés ou même contrés par cette relecture. Mais je fais la fine bouche et j'ai globalement passé un très bon moment, qui peut en plus être une super porte d'entrée pour cette oeuvre phare, marquante et tellement actuelle d'Ibsen. Et ça, ça ne peut que me réjouir !









