Lettre ouverte à nos parents qu'on a piégés


Papa, Maman,
On vous a tendu un piège. Vous vous êtes retrouvés face à des inconnus avec un verre de vin et pas d'issue de secours. Et on n'est pas venus.
Mais on sait exactement ce qui va se passer ce soir-là.
Il va y avoir un silence.
Un vrai. Pas le flottement entre deux sujets. Le silence qui s'installe sans crier gare et que personne ne veut être le premier à briser. Les 120 personnes dans la salle vont le reconnaître exactement au même moment. Et elles vont rire. De vous. Pas méchamment. Franchement.
Il va y avoir une phrase.
Elle va avoir l'air d'un compliment. Elle n'en sera pas un. Et la personne qui la reçoit va sourire quand même, parce que c'est ce qu'on fait dans ces moments-là. La salle, elle, ne va pas sourire. Elle va éclater de rire. Parce qu'elle a déjà eu cette phrase. Ou elle l'a déjà envoyée.
Il va y avoir un moment où ça dérape.
Doucement d'abord. Une petite remarque qui dépasse. Puis une autre. Puis plus personne ne fait vraiment semblant. Ce que Manon Rony réussit - et c'est là que la pièce est vraiment forte - c'est que chaque fois qu'on croit que c'est terminé, que tout le monde va se calmer et finir le dessert dignement, ça repart. Différemment. Depuis un endroit qu'on n'avait pas vu venir.
Il va y avoir un moment où vous allez vous regarder.
Sans rien dire. On sera pas là mais on parie dessus. Parce qu'on vous connaît. Et parce que cette soirée-là, même piégée, même ratée, même gênante - elle existe un peu chez tout le monde. Et c'est peut-être ça le plus important.
Vos enfants, qui vous aiment quand même.
Vous permettez de Manon Rony, c'est exactement cette soirée - mise sur scène avec une précision qui fait mal et qui fait rire en même temps. Allez la voir au Funambule Montmartre. Vous vous reconnaîtrez. Et cette fois, on sera là dans la salle avec vous.
{{spectacle=1}}