
Brassens, l'amour des mots
Les chansons de Brassens, on les connaît par cœur, ou presque. Mais lui, qu’est-ce qu’il disait de ses couplets, des mots, des gens autour de lui ? Un artiste est allé le chercher dans ses interviews et ses écrits, et le fait revenir entre deux chansons.
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L'équipe artistique
Avec Nicolas Natkin, Stéphane Caroubi, Mauro Talma
Auteur Georges Brassens
Composition Nicolas Natkin
Mise en scène Daniel Mesguich
Remerciements Francis Huster, André Oumansky, Maxine Gleizes et Audran Cattin
La critique de l'Affiche
L'avis de
Mordue
J'ai été biberonnée à Brassens. J'ai tellement saigné ses albums que je connais tout (disons, presque tout) par coeur. Au point que je ne parle pas seulement des textes, mais aussi du ton, des silences, presque de l'intention qu'il mettait derrière. Alors évidemment, ce spectacle me fait de l'oeil depuis un moment. Mais comme souvent dans les récitals, j'ai un peu peur : comment on fait pour passer après Brassens ? Est-ce que c'est possible, même ? Je finis par me lancer, et dès le début du spectacle, j'ai ma réponse : c'est possible, et c'est même un énorme kiff.
La première chose qui me plaît, c’est que le spectacle ne cherche à aucun moment à imiter. Ni la voix, ni le ton, ni même forcément la musicalité de Brassens. On se fait tout de suite emporter par la musique live : double guitare et contrebasse, et même un saxo qui vient rejoindre la bande de temps à autre. Les arrangements sont un peu différents, plus rythmés, plus « modernes » peut-être, parfois carrément jazzy, de sorte qu'on peut retrouver ces chansons qu'on adore sans jamais avoir le souci de la comparaison.
Brassens est un poète autant qu'il est le roi du story telling. Ses chansons sont des histoires qui s'interprètent autant qu'elles se vivent. Et les artistes sur scène en ont pleinement conscience. Certaines sont parlées plutôt que chantées, pour en faire ressortir la théâtralité. La construction est très bien fichue : on rebondit d’une chanson à l’autre comme si elles se répondaient, comme si elles faisaient partie d’un même scénario. Et puisqu’on ne peut pas caser près de 200 chansons en 1h25, on en pioche parfois juste un vers ou deux, tous plus merveilleux les uns que les autres. C’est toujours chouette d’en redécouvrir même rien que des petits bouts.
En réalité, le spectacle ne se contente pas d'être un récital. Il joue plutôt dans la catégorie de ce que j'appellerais un récital augmenté. Et ce n’est pas tous les jours que j’en vois qui me plaisent. En général, dans un récital, on chante tout en racontant un peu la vie de notre artiste. Ici, c'est plus malin que ça. L'idée n'est pas seulement de nous raconter sa vie, mais de nous faire directement rencontrer l'homme, le poète, l'amoureux des mots, l'amoureux des sons. Et ça fonctionne parfaitement.
C'est un spectacle qui suit la pensée de Brassens peut-être plus que sa vie. On écoute ses poèmes - comment appeler ses textes autrement ? - tout en nous racontant son rapport au monde, aux hommes, aux femmes, aux curés ou aux flics. Les parallèles avec Cyrano de Bergerac, dont des extraits reviennent souvent, sonne comme une évidence : le refus de plier, l'arme du verbe, la tendresse cachée sous la gouaille, le pont entre le populaire et le littéraire, tout résonne. On entend aussi Le Misanthrope, ou Verlaine qui viennent faire écho à son chemin de vie et de pensée. Mais ça m'embête presque d'en faire une analyse, car c'est un spectacle qui se vit plutôt qu'il ne s'analyse. Dans la salle, ça fredonne les refrains, ça bouge la tête en rythme, ça devance les chutes d’un demi-vers. Comment on passe après Brassens ? En l’aimant assez pour ne jamais essayer de le copier.








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