
Mon côté Wertheimer
En remontant la ligne des femmes de sa famille - l’arrière-grand-mère internée, la grand-mère qui oublie, la mère qui tient, elle qui s’inquiète - Chloé Oliveres interroge ce qu’on appelle la “folie” quand on parle des femmes. Entre héritage, peurs transmises et étiquettes fabriquées, un récit qui cherche à comprendre ce qui se transmet… et ce qui se libère.
La raison pour laquelle on a envie de tenir ce spectacle tient en un nom : Chloé Olivères. Parce qu'on la suit depuis des années, parce que c'est une comédienne hors pair, parce que son premier seul en scène était une dinguerie, parce qu'on a ri fort du jeu de mot de son titre (une fois qu'on l'a compris), parce qu'on a hâte de savoir ce qu'elle a à nous dire dans ce nouveau spectacle !
La critique de l'Affiche
L'avis de
Mordue
Si je vous disais que ce spectacle est une recherche de ses origines, si je vous disais qu'il a fait l'objet d'un vrai travail documentaire, si je vous disais que ce spectacle semble par bien des aspects, sinon militant, du moins féministe, vous vous figureriez probablement quelque chose qui serait très loin de la réalité. Car Chloé Olivères aime jouer avec les codes, les genres, et les spectateurs. Et je dois bien le reconnaître, moi qui commence à l'avoir vu un bon nombre de fois sur scène, c'est toujours un bonheur de retrouver ce style inimitable et de me demander où elle va bien pouvoir nous emmener cette fois-ci.
En fait, Chloé Olivères, c'est un peu cette amie qu'on aimerait tous avoir. Cette fille qu'on adore écouter, parce qu'elle a toujours quelque chose à dire d'intéressant, qu'elle le dit de façon franche et directe, que c'est toujours intelligent, toujours dans le partage, comme si elle nous demandait notre avis à demi-mot. Parce qu'elle est lumineuse, souriante, et qu'on est souvent pendus à ses lèvres. Parce qu'elle sait maintenir son auditoire en ponctuant toujours son discours de vannes aussi drôles qu'inattendues. Parce qu'elle a la bougeotte, passe d'un sujet à l'autre, pourrait presque arriver à nous faire croire que c'est décousu. Mais en vérité, des quatre femmes Wertheimer qu'elle convoque sur scène à sa propre peur de "devenir folle", elle tisse un fil invisible mais solide. Et on la suit avec bonheur.
Ce que j'aime particulièrement chez Chloé Olivères, c'est que c'est foisonnant. On peut parler de psychogénéalogie et de santé mentale et s'égarer là dans un plat de lasagnes, ici dans une basse-cour. On passe de l'hôpital Sainte-Anne au début du XXe siècle à une réflexion sur ce qu'on étiquette "hystérie" ou "mélancolie", sans jamais avoir l'impression d'assister à un cours magistral. C'est une diversité de ton, de lumières, d'ambiances, de personnages, et même de genres. Elle a une jolie manière de se raconter, à la fois pudique et très enthousiaste, intime et pleine d'autodérision. Elle livre beaucoup, tout en mettant juste assez de distance pour que ses interrogations, aussi profondes soient-elles, ne pèsent jamais sur la salle.
Je commence à bien connaître le travail de cette comédienne, et je pense que c'est son spectacle le plus intime. Et pourtant, comme d'habitude, elle fait tout pour emmener le spectateur avec elle. Elle sait son sujet plus compliqué que d'autres fois - remonter le matrimoine de quatre générations pour comprendre son propre héritage psychique, questionner si ces femmes étaient vraiment "fêlées" ou simplement non-conformes aux yeux du patriarcat - et n'épargne rien au spectateur en tirant ses références de Shakespeare, d'Antonin Artaud ou encore de Virginia Woolf. Elle propose un spectacle exigeant mais quand même accessible, où la rigueur du travail documentaire se fait oublier derrière la légèreté du propos. On ne pensait pas qu'un spectacle sur la folie et la lignée maternelle pouvait être aussi drôle et lumineux. Chloé Olivères réussit ce pari un peu fou : nous faire hériter de ses fantômes sans jamais qu'ils nous hantent. Joli !

Bande-annonce
L'équipe artistique
Texte et jeu Chloé Olivères
Co-mise en scène et collaboration à l’écriture Papy
Scénographie Émilie Roy
Lumière Arnaud Le Dû
Costumes Sarah Dupont
Chorégraphie Jean-Marc Hoolbecq























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