
La Nuit du 14, chez Léonie
Été 1900. Louise pousse les portes de la maison close de Léonie et découvre un univers régi par ses propres règles, peuplé de femmes au caractère bien trempé. Mais lorsqu’un accident tragique vient bouleverser l’équilibre de l’établissement, tout vacille. Face au chaos et à la menace de la police, les filles n’ont plus qu’une solution : serrer les rangs.
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L'équipe artistique
Texte et mise en scène Agnès Chamak et Odile Huleux
Avec Ariane Carmin ou Lucile Künzli, Agnès Chamak, Fabien Floris ou Julien Jacob, Montaine Fregeai ou Katia Miran, Maroussia Henrich et Taos Sonzogni
Chorégraphies Lucile Künzli
Musiques Franck Lebon et Odile Huleux
Scénographie Alix Mercier
Costumes Axel Boursier
Diffusion En Scène ! Productions
La critique de l'Affiche
L'avis de
Amy
Il y a des spectacles qui nous bousculent : La Nuit du 14 chez Léonie est de ceux-là. Découvrir l’univers d’une maison close en 1900 et y rencontrer une galerie de femmes aussi flamboyantes que bouleversantes nous oblige à regarder cette époque en face, sans compromis.
Dans cette maison où la prostitution est encore légale, ces femmes occupent une place singulière dans la société : tolérées, désirées, méprisées tout à la fois. Une existence sous contrôle, où leur corps ne leur appartient jamais vraiment, livré aux hommes, à leur désir, à leur violence, autant qu’à la maladie. Un monde régi par ses propres codes, sa hiérarchie, sa gouaille et ses éclats de rire. Agnès Chamak, autrice et metteuse en scène très inspirée, incarne également une Léonie autoritaire et dure, mais protectrice, et nous offre une interprétation d’une justesse remarquable. Autour d’elle, les quatre comédiennes composent une troupe où chacune existe pleinement, avec son tempérament, son franc-parler et son histoire.
Puis survient le drame. En un instant, l’équilibre fragile de cette maison parfaitement huilée vole en éclats sous la menace de la police. La peur et les désillusions poussent ces femmes à s’unir pour espérer survivre. Car, dans l’adversité et la misère, la solidarité est une nécessité : on rit ensemble parce qu’il le faut, on se soutient parce qu’il n’existe aucune autre issue. Le propos est sombre, bien sûr, et la situation (peut-être un peu trop ?) dramatique. Mais les pointes d’humour, de sensualité et d’émotion distillées ici et là rendent le tout plutôt agréable à suivre.
Derrière l’histoire de cette maison close, c’est bien la condition féminine qui est interrogée. Femmes sans droits, femmes objets, femmes battues : la violence masculine s’impose comme une norme que personne ne semble remettre en question. Leur destin paraît écrit d’avance, alors que rôde l’ombre de la syphilis.
Et pourtant, au milieu de cette noirceur, quelques rêves persistent. Dans une séquence très réussie qui, si elle n’était pas si tragique, ferait sourire, elles imaginent un avenir où les femmes seraient libres de disposer d’elles-mêmes, où l’égalité ne serait plus une utopie. Ces instants ouvrent une fenêtre vers le XXIᵉ siècle. Nous savons, nous, spectateurs, que ces aspirations deviendront peu à peu réalité, même si le chemin reste encore long. Elles, en revanche, ne peuvent que les espérer.
Au-delà de la reconstitution historique, le spectacle parle surtout de dignité, de sororité et de liberté. Il rappelle que, même lorsque la vie semble avoir tout pris, il reste encore la solidarité, le rire et l’espoir pour continuer d’avancer. Et rien que pour cela, c’est à voir et à apprécier.

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