La Scala Provence dévoile sa programmation Avignon 2026 : et c'est (vraiment) du lourd


Du 4 au 25 juillet, La Scala Provence investit le Off d'Avignon avec une programmation pluridisciplinaire - théâtre, danse, cirque, humour, musique - et quelques noms qui font saliver. Voici ce qu'il ne faudra pas rater.
Un spectacle qui tourne depuis des années partout dans le monde, enfin à la Scala. Le projet date, le désir aussi - et pour l'occasion, les équipes monteront le décor chaque matin jusqu'à 5h du matin. Quatre tonnes à faire rentrer dans les contraintes du Off. "Faire rentrer un rond dans un carré", comme le dit Biessy lui-même. Ça, c'est pour les coulisses. Sur scène : du mélo burlesque sans parole, Molière de la Comédie 2017, signé Pierre Guillois et Éléonore Auzou-Connes.
{{spectacle=1}}
C'est la première mise en scène de Valérie Donzelli, sur un texte de Delphine de Vigan. L'idée : une journée de tournage, un réalisateur peu inspiré, et des figurants qui passent enfin au premier plan. Le grand acteur, lui, on ne le verra jamais. Derrière la comédie de plateau, une réflexion sur l'invisibilité, sur ceux qui prennent l'ombre, sur les classes sociales. De Vigan parle de "fantaisie mêlée de mélancolie" - un terrain que Donzelli connaît bien.
Après Punk.e.s - spectacle sur le premier groupe de femmes -, Justine Heynemann et Rachel Arditi s'emparent d'Olympe de Gouges. Non pas pour faire un biopic, mais pour raconter la fin de sa vie : ce moment où une autrice n'a plus d'autre choix que de s'engager. Le spectacle est musical, tissé de chansons de femmes de toutes époques - Anne Sylvestre, Pomme et d'autres - et les interprètes jouent et chantent sur scène. Un spectacle qui résonne aussi très fort pour celles qui le font : "la difficulté quand on est une femme à faire entendre sa voix", dit Rachel Arditi.
Thomas Fersen a écrit un livre en octosyllabes, et il en a tiré un spectacle. Son personnage est envoyé au Mexique, se confronte à la mort, au mysticisme, à l'amour - et rentre transformé, sous le même regard de ses parents qu'avant. Une réflexion sur le passage à l'âge adulte que Fersen décrit, sourire en coin, comme "un échec dans notre culture - et j'en suis un représentant absolu."
Six ans de maturation, des répétitions épuisantes, et une première qui a trouvé son écho immédiatement. Le spectacle s'inspire de la rencontre réelle de Nastasia Martin avec un ours, portée sur scène par Constance Dollé dans une mise en scène de Sandrine Raynal. Une heure cinq dans des paysages sauvages et intérieurs à la fois - les spectateurs en ressortent avec des choses qui leur appartiennent autant qu'au spectacle.
Un couple qui se retrouve au retour d'un voyage d'affaires. La pièce de Mayenburg recommence au bout de vingt pages avec les rôles échangés - et les mêmes répliques sonnent très différemment selon le genre qui les dit. C'est ancré dans le présent, très drôle, et très grand selon Robin Ormond qui le met en scène. En exclusivité : le prochain texte de Mayenburg, Nocturne - une famille qui hérite d'un tableau signé Hitler et se demande quoi en faire -, sera monté l'année prochaine à la Scala Paris.
{{spectacle=2}}
Une troupe de cirque africaine qui "doit tout à la rue" - et qui refuse donc d'arrêter les parades malgré les salles pleines. Leur nouveau spectacle met les femmes au centre et traite de l'excision - pratique toujours vivace malgré son interdiction légale depuis plus de dix ans. Et lorsque la première dit non, le spectacle commence. Du cirque de haut niveau au service d'un sujet qui ne l'est pas moins.
La collaboration entre La Scala et le Ballet de l'Opéra Grand Avignon donne cette année un spectacle sur le mythe de Prométhée. L'an dernier c'était Trump - entre fascination et dégoût. Cette fois, Harriague s'empare de la figure du titan, de la transmission du savoir et du feu volé. "Absolument magnifique", dit Biessy sans hésiter.
Sur la Septième de Beethoven, Marie-Claude Pietragalla et Julien Derouault explorent l'état dans lequel on se retrouve après une chute - au propre comme au figuré. Une technicité d'ancienne étoile de l'Opéra de Paris au service d'un propos très ancré dans le présent.
Une création de Marion Motin, chorégraphe d'une contemporanéité radicale - connue entre autres pour son travail avec Christine and the Queens. Une danse qui dit quelque chose du monde d'aujourd'hui, en dialogue avec le travail de Pietragalla dans ce même festival.
Shakespeare revisité à trois interprètes seulement, mêlant danse contemporaine, urbaine et slam. Un défi de concentration narrative - se consacrer entièrement à l'histoire d'amour elle-même, sans les personnages secondaires. Accessible dès 6 ans.
Créé en 2021 dans le festival IN, ce Tartuffe mis en scène par Léo Cohen-Paperman revient à Avignon. En noir et blanc, bifrontal, en alexandrins - "le spectacle le plus punk" de la maison selon son créateur. L'ambition : un théâtre populaire qui ne soit jamais en surplomb de ses personnages.
Dix-sept ans qu'il joue à Avignon, l'an dernier en salle 600 avec du monde refusé à la porte. Le spectacle musical de Cédric Chapuis est devenu une institution du Off - et il revient du 4 au 25 juillet.
Et si le scrolling devenait une performance théâtrale ? Mathilda May - venue de la danse classique, adepte du théâtre visuel sans parole - met en scène six comédiens très physiques qui traversent des univers à grande vitesse : un ascenseur bloqué, un hôpital psychiatrique, une plage... La scénographie est volontairement minimaliste, le corps fait tout le travail. Et on rit.
Edison contre Tesla - et entre les deux, la course à l'électricité à New York en 1878. La pièce de Stéphane Landowski mise en scène par Maxence Gaillard ne se contente pas de raconter une bataille scientifique : elle creuse les dilemmes moraux de l'innovation, les ambitions et les zones d'ombre de ces inventeurs. Une grande histoire qui donne à voir aussi la petite, "chargée de souffle, de chair et de rêve."
Un garçon qui décide de ne plus rien entreprendre, perché sur son nuage à l'abri du monde - jusqu'à ce que l'amour l'oblige à se pencher un peu trop. Ethan Oliel (révélation masculine aux Molières 2024) écrit et joue ce seul en scène en alexandrins. Poétique, drôle, avec une vraie maîtrise des mots - une voix singulière que Biessy a eu envie d'accompagner.
Un trentenaire accompagne sa mère en Suisse pour un suicide assisté - et tombe amoureux en même temps. Les deux histoires s'entremêlent sur scène et finissent par parler de la même chose : l'amour sous toutes ses formes, et la vie qu'on choisit ou non de savourer.
Anatole Edouard Nicolo adapte son propre premier roman - une autofiction récompensée par le Prix Envoyé par la Poste 2024. Deux frères, une famille d'artistes, un divorce, et l'un qui grandit dans l'ombre de l'autre. Une voix jeune, intime, sans misérabilisme - exactement le type de profil que la Scala aime accompagner.
Xavier Guelfi s'est posé une question simple : comment changer le monde et rendre à l'humanité un peu de foi en elle-même ? Biessy l'a découvert à La Flèche, a trouvé que ça manquait encore de forme, l'a fait travailler avec François Rollin - qui signe la mise en scène, avec la participation de Thomas VDB. Aujourd'hui le spectacle existe vraiment sur un plateau.
Mikaël Délis explore le masculin en trois volets. Le premier s'inspirait du Deuxième sexe de Beauvoir, tout mis au masculin. Le deuxième, La Fête du slip, s'arrêtait sur le sexe masculin - "on ne parle que de ça pendant une heure." Ce troisième opus referme la boucle : les testicules, le sperme, la paternité - et les mères, omniprésentes dans les trois volets. Ambitieux, disons.
Ariane Ascaride a pris goût aux grands plateaux pendant la tournée - et pour Avignon, elle passe en salle 600. Le spectacle, écrit par Marie Desplechin et mis en scène par Thierry Thieû Niang, sera repris l'année prochaine au Lucernaire.
Une Parisienne de 20 ans, paumée, qui part en Inde après le deuil de sa grand-mère et devient actrice de Bollywood par accident - parce qu'elle ressemble vaguement à une Indienne alors qu'elle est espagnole. Elle y découvre une spiritualité nouvelle, le meilleur et le pire au bout du monde, et que l'exil seul ne suffit pas à se réinventer...
Du théâtre et du jazz qui raconte l'histoire du jazz - de manière déconstruite et drôle. Biessy dit qu'il a "craqué sur des images". Un spectacle qui joue sur la forme autant que sur le fond, dans une salle qui a un vrai pan musical.
Un seul en scène au piano pour décortiquer les mystères de la composition - de Mozart à Trenet en passant par Patrick Bruel. Julien Joubert en a fait son métier, et il va vous prouver que vous pouvez composer une chanson vous aussi. Participatif, accessible dès 7 ans.
Fred Muhl Valentin travaille sur l'univers de Vincent Scotto depuis quinze ans. À mi-chemin entre conférence musicale et stand-up, le spectacle rend hommage à ce Marseillais qui a composé pour Fréhel, Félix Mayol et Joséphine Baker, avant de signer pour Pagnol. Un pari cohérent avec une salle qui aime que la musique raconte quelque chose.
Mehdi Djaadi remonte sur scène parce qu'il avait une urgence à raconter : l'annonce possible de son infertilité, et tout ce que ça a remis en question - sa foi, son rapport à l'écologie, au monde. Un sujet intime qui touche à quelque chose d'universel, un questionnement de fond sur le patriarcat dans les religions. Nommé aux Molières.
{{spectacle=3}}
Enfance dans le quartier le plus riche de France, blagues dans des synagogues, plaidoiries devant des tribunaux - Alexis Tramoni a rempli des salles et en a vidé d'autres, et il dit tout ça lui-même, sans filtre. Un seul en scène autobiographique et percutant, qui joue sur la sincérité comme ressort comique. Une voix singulière, un regard décalé.
"Je suis un jeune garçon hétéro et je ne me reconnais pas dans les modèles traditionnels, alors je fais quoi ? Un spectacle." Co-écrit avec Noémie de Lattre, Garçon questionne la masculinité avec douceur et une vraie acuité - sans leçon, avec beaucoup d'humour. Un spectacle "anti-mâle alpha aussi drôle que doux" selon la presse. Une belle surprise à surveiller.
Pensionnaire de la Troupe du Jamel, Gaétan Husson prend une citation de Paul Bocuse comme fil rouge - "travailler comme si on allait vivre cent ans, vivre comme si on devait mourir demain" - et en tire un stand-up sur la mort, l'ambition et l'urgence de profiter.
Après Mère Indigne et Égoïste, Olivia Moore revient avec un troisième spectacle écrit pour "les sensibles surmenés, les épuisés brillants, les cyniques au cœur tendre." La question de départ : de quoi parlerais-je sur scène si je n'en avais plus honte ?
Six élèves de l'École Supérieure des Arts du Rire de La Scala - sélectionnés parmi une quarantaine - se succèdent sur scène le même jour, vingt minutes chacun. Stand-up, personnages, univers très différents. Pas vraiment un comedy club classique vu les formats courts, mais presque.
Quarante ans de regard sur le théâtre, un amour du plateau "absolument dingue" selon Biessy, et une capacité rare à connaître les artistes depuis leurs débuts. Fabienne Pascaud reçoit en conversation publique Delphine de Vigan et Ariane Ascaride - à bâtons rompus, sans filtre. Une rencontre à ne pas rater si vous aimez les coulisses autant que la scène.