
Antigone
Antigone enterre son frère malgré l’interdiction du roi Créon et déclenche un affrontement dont personne ne sortira indemne. Dans cette adaptation mise en scène par Andréa Bescond, Déborah Moreau porte seule tous les personnages de la pièce. La danse et la musique viennent accompagner cette relecture d’Anouilh, qui promet une approche très contemporaine de la célèbre tragédie.
2026-09-23
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L'équipe artistique
Mise en scène Andréa Bescond
Interprétation Déborah Moreau
La critique de l'Affiche
L'avis de
Mordue
Deux choses attirent mon regard lorsque je découvre cette affiche : l'Antigone d'Anouilh, d'abord, texte que j'adore depuis de nombreuses années et que je revois inlassablement pour continuer à m'interroger sur les questions de justice qui nous agitent, et Andréa Bescond, qui a soulevé le monde du théâtre avec Les Chatouilles et n'a jamais cessé, depuis, de porter la parole des victimes de violences sexuelles, bien avant que #MeToo ne donne un nom à ce combat-là.
Ce que je n'avais pas compris, c'est que ce n'est pas une adaptation. C'est le texte qu'on connait, tel quel, avec une relecture qui en déplace le sens sans en changer une ligne. Le voir surgir sous cette forme-là, ça fait d'abord un drôle d'effet, comme un terrain archi-familier qu'on aurait discrètement déplacé sous mes pieds.
Autre étrangeté : ce texte, qui fait vivre tout un palais, Andréa Bescond a choisi de le faire porter par une seule comédienne. Le pari est clair, et il n'est pas anodin : quand un personnage doit exister seul, en quelques secondes, à travers une voix ou une posture, il se resserre et se stéréotype. C'est la loi du genre plus que le choix d'une metteuse en scène ; mais elle en joue, et elle en joue jusqu'au bout sur tout le monde, sauf sur Antigone. Elle seule échappe à ce resserrement : tous les autres se figent en silhouettes, elle, elle gagne en épaisseur. C'est elle l'héroïne, et le dispositif entier semble taillé pour ça.
Créon, par exemple, devient un roi tout-puissant - et c'est là que ma lecture habituelle du texte se met à vaciller. Ce n'est plus la question de la justice qui tient la pièce debout, celle qui m'a fait revenir à Anouilh année après année. C'est autre chose : la domination et la violence masculines, poussées jusqu'au bout, sans retenue. Ils ont la violence. Elle a sa liberté. Bescond n'y va pas par quatre chemins : elle pousse jusqu'à montrer Créon abuser de jeunes pages. Le parti est pris, et il est tenu jusqu'au bout.
Ismène devient une sorte de pimbêche, une figure presque risible face à la gravité d'Antigone, et c'est le seul endroit du spectacle où je peine à suivre. Le texte d'Anouilh ménageait entre les deux soeurs une nuance plus fine, comme deux façons de résister, pas une résistante et une potiche.
Mais le spectacle ne triche jamais avec son parti pris. Pour qui douterait encore de la modernité du geste : la langue, elle, est déjà résolument contemporaine chez Anouilh - les interrogations sur la justice, sur la légitimité du pouvoir, sont là depuis 1944. Bescond n'a rien eu à forcer pour faire entendre un autre axe : elle a simplement poussé ce qu'il fallait pousser.
Antigone devient ainsi, sous cette lecture, une femme libre qui poursuit son destin dans un monde tenu par des hommes, davantage peut-être que la gardienne d'une justice supérieure. Ce n'est pas ma grille de lecture habituelle du texte. Je ne l'avais jamais entendu comme ça. Mais c'en est une, cohérente, tenue de bout en bout, et de main de maître par Déborah Moreau. Seule en scène pendant une heure vingt-cinq, elle est tour à tour Antigone, Créon, Ismène, Hémon, la nourrice, les gardes, jamais sur le même registre : le jeu bascule, tableau après tableau, du réalisme au quasi cartoonesque, forçant volontiers le trait jusqu'à la caricature. On venait pour Anouilh et Andrea Bescond. On repart avec Anouilh, Andrea Bescond, et Déborah Moreau. Trio gagnant !












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