
Je suis né d'un récit brûlant
Jean Alibert retourne à Tenira, en Algérie, pour comprendre ce que son histoire personnelle doit à celle du pays où il est né. À partir de souvenirs, de récits familiaux et de faits réels, il remonte le fil d’une mémoire partagée entre l’Algérie et la France, avec une question en tête : comment vivre avec un passé que l’on comprend mal ?
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L'équipe artistique
Texte, conception et jeu Jean Alibert
Collaboration artistique Patrick Le Mauff
Création lumières Philippe Sazerat
La critique de l'Affiche
L'avis de
Nolwenn
On entre dans une salle nue. Une chaise empruntée au théâtre, une gourde et quelques projecteurs. Sur la chaise, en fond de scène, Jean Alibert nous attend. Il nous regarde entrer.
Dans le public on entame les discussions de début de séance. J'entends un monsieur parler de ses petits-enfants, et une dame du dernier spectacle vu dans cette salle.
Sans que la lumière ne s'éteigne, Jean met fin aux discussions. Il lance le spectacle.
Ou, plus précisément, il l'introduit. Il nous parle de son lien au "théâtre-récit" et de ses codes, qu’il utilise. Pour vous donner un peu de contexte, il existe différentes formes de théâtre-récit. Celui de Jean Alibert s’inscrit dans la lignée du “teatro di narrazione”, né en Italie dans les années 80. Porté par des figures comme Laura Curino, Marco Baliani et Lella Costa, il se libère des codes du théâtre classique pour offrir un seul en scène décousu. On sort du récit chronologique et des multiples personnages. Un comédien ou une comédienne, seul•e au plateau, raconte l’Histoire et son histoire, à la première personne.
Jean Alibert s’y engouffre pour lier Histoire et Mémoire. Il revient sur la fin de l’Algérie française. Il y est né au milieu d’une guerre civile, dans un mouvement vers l’indépendance, après 132 ans de colonisation. Il nous explique :
« Un des fondamentaux du théâtre-récit, c’est de s’intéresser à des événements de notre Histoire commune qui restent problématiques, des événements dont le souvenir est parfois occulté, des événements oubliés, mais qui sont des plaies encore ouvertes ou mal cicatrisées. »
Il raconte les histoires de famille, ceux qu’on connait par cœur mais qu’on finit par questionner. Il nous parle des souvenirs fabriqués et de son père, prisonnier de sa propre mémoire, incapable de démêler le vrai du faux. Il décrit son retour en Algérie, des décennies plus tard, et les réponses qu’il y cherche.
Dans la salle, le public reste souvent dans la lumière. Alors il s'adresse directement à nous, il nous regarde. Pas de manière intrusive, simplement pour mieux nous inviter à suivre son récit. On partage ce moment, tous ensemble. Pourtant, un homme, seul en scène, avec une scénographie simple, ça peut inquiéter. Rassurez-vous, il déroule son histoire intelligemment. Quand je pensais décrocher, il cassait le rythme, rebondissais sur un souvenir, nous emportais sur un tout autre pan de son histoire. Il parle de lui, certes, mais sans se placer comme le personnage principal. Il observe et raconte, avec beaucoup de sincérité et une petite touche d’humour.
Je m’y sentais bien dans cette salle. On voit les réactions des voisins et les petites imperfections qui rendent le moment plus authentique. A la sortie, on prend le temps, on entend d’autres récits parmi les membres du public. D’ailleurs, si vous vous reconnaissez dans la pièce et dans ce titre “Je suis né d’un récit brûlant”, Jean Alibert vous invite à lui envoyer 5 lignes sur votre propre histoire, pour les intégrer au début de l’une des représentations. Vous ferez alors partie des petites histoires qui font l’Histoire du spectacle !
















