Les Béliers au OFF : 20 ans, 16 spectacles, zéro demi-mesure


Cette saison anniversaire, les Béliers débarquent au OFF avec 16 spectacles, deux salles qui tournent à fond, et une programmation qui couvre à peu près tout - du thriller d'anticipation au clown complètement barré, en passant par Jeanne d'Arc en comédie musicale et les cachalots. On a fait le tour pour vous !
Une tradition chez les Béliers : un spectacle jeune public par édition. Cette année, c'est la compagnie Les Quiquoi qui s'y colle avec une histoire de gamins qui s'ennuient, dessinent un chien atrocement moche, le voient prendre vie, et décident de s'en débarrasser. Les remords arrivent vite - comme toujours avec les chiens moches. Marionnettes contemporaines, silhouettes animées, théâtre de papier, à partir de 5 ans. 200 dates au compteur, autant dire que les enfants valident.
Déjà là l'an dernier, le texte d'Aïda Ashgarzadeh revient avec ses trois nominations aux Molières dans les bagages - une par comédien, ce qui est quand même un beau palmarès pour un seul spectacle. Les Béliers l'avaient accueilli, ils l'ont rappelé. C'est souvent bon signe.
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Erwan Creignou connaît les Béliers depuis toujours, et pour les 20 ans, il leur apporte son Robinson. Loin de l'adaptation scolaire qu'on redoute, on est plutôt dans une réécriture personnelle qui pioche chez Defoe, Tournier, Chamoiseau, et quelque part dans nos rêves de cabanes au bout du monde. La presque noyade, l'île, la solitude, la folie qui rôde, et puis une empreinte dans le sable. Quelqu'un d'autre est là. Un spectacle de naufrage et de poésie, dans la petite salle.
Petit buzz de la petite salle l'an dernier, le voilà dans la grande. Thomas Drelon joue un enfant de 8 ans qui croise Jean-Pierre Marielle, Alain Souchon, Barbra Streisand, Johnny Depp et Rachida Dati pour trouver le courage d'être différent. Sur le papier ça ressemble à un fever dream, sur scène c'est poétique, drôle, et sans un gramme de sensiblerie. Adapté d'une nouvelle d'Adèle Fugère sur la dépression infantile - et oui, ça reste une bonne nouvelle pour la soirée.
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Coco est dessinatrice à Charlie Hebdo. Elle l'était déjà le 7 janvier 2015. C'est elle qui a ouvert la porte aux frères Kouachi ce matin-là. Ce spectacle raconte les années d'après - le psy, la culpabilité, la reconstruction - à travers ses dessins, ses caricatures, beaucoup de vidéo et de projection. Trois comédiennes pour l'incarner, comme un choeur de femmes. Sur le papier, ça n'a pas l'air d'une soirée de détente. Et pourtant - quand elle raconte les coulisses de la rédac, les reportages, les caricatures - on rit. Beaucoup.
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Trois jeudis, pas un de plus. Mélodie dit que jouer aux Béliers est un rêve de longue date - on espère qu'elle a prévu de revenir plus souvent. Son spectacle part d'un constat simple : les emmerdes lui tombent toujours dessus, et avec un peu de recul, c'est assez drôle. Elle raconte notamment un accouchement de 46 heures qui lui a laissé une peur permanente d'éternuer, et ses nombreuses visites chez des voyants. On la croit sur parole pour les deux.
Un seul en scène sur le monde agricole, signé par la compagnie Mouton Major. La question de départ : "Si j'avais repris la ferme de mes parents, quel agriculteur serais-je devenu ?" Ce que ça donne sur scène, c'est un spectacle humain, sans jugement et sans leçon, qui parle des choix - et des non-choix - qu'on fait dans une vie. Avec de la poésie, de l'humour, et une vraie tendresse pour des gens qu'on entend rarement sur une scène.
Arthur Jugnot l'assume sans complexe : il s'est fait un délire. Une comédie musicale complètement déjantée sur Jeanne d'Arc, cinq comédiens-chanteurs, et l'espoir que le délire ne soit pas que pour lui. On a envie de le croire. Le spectacle reprend à la Comédie de Paris dès le 25 août, ce qui suggère que l'équipe, elle, y croit vraiment.
Ils sortent du Cours Florent, ils sont tout jeunes tout neufs tout beaux - et ils portent une histoire de deux frères qui rêvent de devenir champions du monde d'échecs. Le spectacle suit leur vie à quatre époques différentes, dans le désordre, et c'est justement là que tout se joue. La lumière, le corps, la voix font le lien entre chaque temps. Fraternité, amour, maladie, perte - un spectacle familial qui parle à tout le monde, même à ceux qui ne savent pas jouer aux échecs.
Quatrième collaboration avec la metteuse en scène Melody Mourey, et première fois qu'ils l'emmènent au OFF - "gros défi technique", disent-ils. Un thriller d'anticipation : une petite équipe de scientifiques tente de traduire la langue des cachalots, l'extrême droite arrive au pouvoir et coupe les subventions. Rester et résister, ou partir continuer ailleurs ? Pour leurs 20 ans, les Béliers ont décidé de ne pas faire simple.
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Fred Blin et Patrick - la moitié des Chiche Capon, clowns intégralement barrés - étaient déjà là l'an dernier. Ils reviennent. Les Béliers les ont rappelés. Tout le monde a l'air content de l'arrangement.
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La nouvelle création maison. Texte de Raphaëlle Volkoff, mis en scène par Martin Darondeau - qui a commencé stagiaire aux Béliers, et signe aujourd'hui sa première mise en scène sur leur scène. Le spectacle suit des destins de femmes sur deux époques, à travers l'enfermement, la privation d'espace, et le rêve de l'ailleurs. Une pièce qui dénonce, sans jamais appuyer.
Victor Rossi a joué Le Prix de l'Ascension aux Béliers deux années de suite - alors quand il a proposé ce nouveau seul en scène, la réponse a été oui tout de suite. Son personnage, Sébastien, est un gros con plein de certitudes qui se découvre une mission via une medium, commence par une petite radio en région et grimpe. Le spectacle est une plongée dans les coulisses des médias, Instagram interrompt la scène tout le temps - et on ressort normalement sans envie de rallumer son téléphone.
Deux jeunes femmes montent une startup pour révolutionner la distribution zéro déchet. L'une a les idéaux, l'autre connaît la finance. On suit l'ascension et la chute, dans une succession de petites scènes façon série. Une pièce sur ce qu'il reste de nos convictions quand la réalité s'en mêle - et qui au passage explique beaucoup de choses sur l'économie pour ceux qui partaient de zéro.
Un enterrement de village. Le mort, c'est le paria local - addict aux tickets à gratter, un peu mis de côté, pas forcément regretté. Sauf que le temps des funérailles, tout remonte : les souvenirs, les non-dits, les amours de jeunesse, le fossé entre Paris et la vie qu'on a laissée à la campagne. Drôle et tendre, et une très belle histoire d'amitié.
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Bertrand Usclat est auteur, coréalisateur de De la Comédie-Française qui sort le 22 juillet au cinéma, et il va tenter d'être drôle pendant une heure. C'est littéralement le pitch du spectacle. Mis en scène par Martin Darondeau - qui décidément ne chôme pas cette saison. On lui fait confiance.
Deux Molières. Un Avignon canon l'an dernier. Une belle exploitation parisienne. L'histoire de trois meilleurs amis partis pique-niquer pour voir le dernier lever de soleil avant la fin du monde - avec des zombies, une petite boîte qui change de mains, et beaucoup de choses à se dire avant que ça s'éteigne. C'est moderne, drôle, frais, touchant. Et c'est déjà presque complet. Ne procrastinez pas !
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