
La découvreuse oubliée
En 1958, Marthe Gautier prouve que la trisomie 21 est liée à une anomalie chromosomique. Mais au moment de publier cette découverte majeure, son travail lui échappe et un autre en récolte tout le mérite. Cinquante ans plus tard, cette médecin longtemps restée dans l’ombre décide enfin de raconter ce qu’il s’est vraiment passé.
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L'équipe artistique
Mise en scène Julie Timmerman
Interprétation Marie-Christine Barrault, Mathieu Desfemmes, Matila Malliarakis, Marie Toscan
Collaboration artistique Véronique Bret
Création lumière Philippe Sazerat
Scénographie Luca Antonucci
Création son Mme Miniature
Vidéo Thomas Bouvet
Costumes Muriel Mellet
La critique de l'Affiche
L'avis de
Mordue
Je suis le travail d'Elisabeth Bouchaud depuis un petit moment maintenant, mais si je choisis La découvreuse oubliée au sein de la superbe programmation de la Reine Blanche, c'est avant tout un acte politique. Vous en avez peut-être entendu parler : les héritiers de Jérôme Lejeune, dont il est question dans le spectacle, ont assigné Élisabeth Bouchaud et le théâtre La Reine Blanche pour diffamation envers la mémoire des morts - leur reprochant, en somme, d'avoir dit la vérité sur Marthe Gautier.
Ce qui est fou, c'est que le début du spectacle est très proche du réel : on découvre que la même fondation a déjà empêché Marthe Gautier de parler, lors des Assises de génétique de Bordeaux, en 2014. Autrement dit : ce que la pièce raconte n'est pas une vieille histoire refermée, c'est un dossier toujours ouvert, et qu'on remonte, sur scène, jusqu'à sa source.
Le spectacle semble cumuler les sujets passionnants : le sujet d'étude de Marthe Gautier, la technique de culture cellulaire qui mènera à la découverte de la trisomie 21, suffirait déjà à nous intéresser. Ajoutez-y en filigrane la place des femmes dans la science, le sujet du plagiat - dont on parle de plus en plus depuis quelques années, à mesure que la parole se libère sur ces questions de reconnaissance et d'appropriation - puis un merveilleux coup de théâtre comme seule la vie peut en offrir, et vous obtenez un matériau en or. C'est aussi une traversée de l'histoire : le récit se déploie des années 1950 à 2019, et croise en chemin plusieurs pans de cette histoire qu'on se gardera bien de dévoiler ici.
La mise en scène de Julie Timmerman est hyper efficace, très fluide, rendant le plus clair possible les liens de cause à effet. Les enjeux de la recherche, l'objectif de publication, de concurrence, deviennent tangibles. Rien n'est jamais appuyé, les comédiens sont très justes, et pourtant l'effet est immédiat : du côté du spectateur - et surtout de l'important nombre de spectatrices présent ce jour-là dans la salle - on sent la colère gronder.
Pour avoir fricoté avec le milieu scientifique, la question du découvreur et de l'ordre dans lequel on met les auteurs d'une publication est un sujet très délicat, et je trouve que le spectacle navigue à travers cette question avec une vraie finesse. Il redonne sa place à chacun, n'oublie jamais de dire que Lejeune a aussi contribué à cette recherche en photographiant au microscope les lames de cultures cellulaires préparées par Marthe Gautier, explique bien aussi le rôle du directeur de recherche, Raymond Turpin, dans cette découverte : bref, même si le spectacle est à charge, il semble tout faire pour rétablir les faits. Digne, jamais soumise : voilà comment le spectacle choisit de raconter Marthe Gautier. Et c'est Marie-Christine Barrault qui referme tout ça, dans un discours final poignant - la meilleure réponse qu'on puisse offrir à cinquante ans de silence.

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