
Ne m'enlève pas mon chagrin
Petite, elle ne dit rien. Alors son corps parle pour elle. Il danse. De cette danse naît une femme qui tient debout, avec ce qu’elle porte. Le chagrin ne disparaît pas vraiment, il change de place. Il se transforme.
2026-04-10
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2026-04-17
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2026-06-05
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L'équipe artistique
Compagnie Le Bateleur Théâtre
De & avec Bénédicte Charpiat
Mise en scène Thierry Harcourt
Chorégraphies Charlotte Nopal
Création lumières Cécile Trelluyer
Costumes Agathe Laemmel
Création sonore Tazio Caputo
La critique de l'Affiche
L'avis de
Mordue
En voilà un spectacle singulier. J'aurais pu m'en douter en me promenant sur le site de La Flèche et en découvrant la photo de Bénédicte Charpiat, les yeux rieurs, la bouche grande ouverte, quelque part entre le cri et l'éclat de rire. Cette photo pourrait presque résumer le spectacle. Comme un cri qu'on pousse pour se libérer, comme une joie qui éclate parce que c'est la seule possibilité. Ne manque que la danse.
Car le cri, chez Bénédicte, c'est la danse. La photo ne pouvait pas vraiment le dévoiler, la scène le fait à merveille. J'ai toujours un peu peur des spectacles dansés, parce que je connais moins, parce que je ne suis pas sûre de tout comprendre, parce que mon langage ce sont les mots. Mais ce langage-là se passe de traduction.
Le titre le dit clairement : ce spectacle parle de chagrin. Et il y en a, du chagrin, dans ce spectacle. Le chagrin sort de partout : dans les gestes déplacés d'un maître d'école, dans la bouche de la mère, dans l'absence du père. Bénédicte Charpiat y a survécu, à ce chagrin. Et je ne sais pas vraiment comment elle y a survécu. Je sais seulement ce que ça donne à voir.
La danse se réinvente pour chaque épreuve. Plus douce ici, plus heurtée là, parfois retenue jusqu'à l'os, parfois débordante. Elle se nourrit des blessures plutôt qu'elle ne les fuit. Ce n'est pas de la catharsis propre et bien ordonnée, c'est plus organique que ça, plus vrai. Elle danse comme d'autres boxent. Avec les poings, avec les hanches, avec ce que la vie lui a laissé. Et les mots - parce qu'il y a des mots, une écriture poétique qui vient se loger dans les interstices du mouvement - ne sont pas là pour expliquer. Ils sont là pour tenir compagnie au corps.
Il y a des cicatrices à refermer, des chagrins à réparer. On le sent. Et pourtant - c'est là tout le paradoxe de ce spectacle - c'est souvent le sourire qui pointe chez le spectateur. Un sourire qui arrive malgré tout, parce que la vie résiste, mais surtout parce que Bénédicte Charpiat est une lumière. Sa voix de comédienne, grave et précise, aurait suffi à tenir une salle. Mais c'est tout entière qu'elle se donne : corps, voix, mémoire. Danse colère, danse lumière : les deux coexistent, sans que l'une n'écrase l'autre. C'est peut-être ça, la grâce.

















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