
Le Suicidé
Tout part d'un immense malentendu. Parce qu'il cherchait simplement un morceau de saucisson en pleine nuit, tout le monde est persuadé qu'il veut mettre fin à ses jours. Et soudain, chacun vient lui expliquer pourquoi il devrait mourir... pour sa propre cause.
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L'équipe artistique
Texte Nicolaï Erdman
Texte français et adaptation Clément Camar-Mercier
Mise en scène Stéphane Varupenne
Avec Sylvia Bergé, Julie Sicard, Serge Bagdassarian, Adeline d'Hermy, Jérémy Lopez, Yoann Gasiorowski, Clément Bresson, Nicolas Chupin, Jordan Rezgui, Léa Lopez, Edith Proust, Charlie Fabert
Dramaturgie Clément Camar-Mercier
Scénographie Éric Ruf
Costumes Gwladys Duthil
Lumières Nathalie Perrier
Musique Vincent Leterme
Son Colombine Jacquemont
Travail chorégraphique Marlène Saldana
Collaboration artistique Thibault Perrenoud
Assistanat à la scénographie Dimitri Lenin
La critique de l'Affiche
L'avis de
Mordue
Le Suicidé. Rien que le titre, déjà, porte tout le paradoxe de la pièce : ça n'a rien de drôle, et pourtant c'est une comédie - une vraie, qui fait rire de bout en bout. Tenir les deux bouts à la fois, sans que l'un mange l'autre, c'était le vrai défi de la mise en scène. Et Stéphane Varupenne le réussit en poussant le texte franchement du côté du vaudeville : rythme qui file à toute allure, quiproquos, fausses sorties, un vrai tempo à la Feydeau.
La troupe joue la situation, vraiment, à fond, sans filet, et c'est cet engagement-là qui fait tout marcher : la comédie se déploie pleinement, mais le tragique qui court dessous suit le même mouvement, jamais écrasé. La musique y est pour beaucoup : piano live, bruitages, une petite couleur cartoon, presque Famille Addams, qui ne commente jamais le texte mais l'accompagne, le porte, lui laisse le temps de résonner entre deux éclats de rire.
Et s'il fallait un visage pour cristalliser ce grand écart, ce serait celui de Jérémy Lopez. Il y a chez le comédien une double nature qu'on ne se lasse jamais de voir se déployer : une nature tragique et une nature comique, qui ne se relaient pas mais cohabitent, à chaque instant, sur son visage. Il ne joue jamais la misère de Sémione, il joue le texte, sans le souligner, sans jamais appuyer sur la corde du pathos, et c'est précisément cette économie-là qui le rend si pathétique, si terriblement humain.
Drôle et déchirant dans la même réplique, théâtral et terre à terre à la fois, capable de faire rire une salle entière la seconde d'avant et de lui serrer la gorge la seconde d'après. Sous la légèreté, une angoisse et une tristesse qui ne se dissipent jamais tout à fait, cette conscience diffuse que la minute d'après pourrait toujours être la dernière - un je-ne-sais-quoi légèrement absurde, presque burlesque, qui n'appartient qu'à lui. Autour de lui, on savoure aussi toute la troupe, chacun venant réclamer sa mort pour sa cause à lui avec la même gourmandise cynique.
Seule petite frustration : passé l'entracte, on aurait aimé que la grande fête censée couronner le sacrifice de Sémione déborde un peu plus, explose un peu plus franchement. La charge politique posée en ouverture s'y dilue doucement dans la revendication et les discours. Comme si la pièce, à ce moment-là, glissait vers la démonstration plutôt que vers le jeu.














