
Enquête de famille
Sophie reçoit la visite d’une journaliste américain pour parler de son grand-père, l’illustre violoniste Pierre Chardin. Va alors émerger le passé trouble de l’artiste et ses liens avec le gouvernement de Vichy dans « l'épuration de la musique ». De génération en génération, c’est toute une histoire familiale qui se dévoile, avec les fantômes du passé jamais très loin.
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L'équipe artistique
Mise en scène Elisabeth Bouchaud, Benoit Di Marco
Interprétation Adrien Madinier, Matila Malliarakis, Isis Ravel, Nicolas Vial
Création lumière Philippe Sazerat
Scénographie Luca Antonucci
Création son Mme Miniature, Tom Beauseigneur
Vidéo Thomas Bouvet
Costumes Thelma Di Marco Bourgeon, Elise Massih Mevel
Collaboration artistique Elisabeth Bouchaud, Benoit Di Marco, Hervé Dubourjal, Clémentine Lebocey
La critique de l'Affiche
L'avis de
Nina
Avant le spectacle, je me suis dit que l’histoire pouvait prendre deux chemins : un angle introspectif sur les tabous familiaux, ou un angle d’enquête historique. Et justement, elle a su faire les deux : raconter la petite histoire dans la grande. On traite de sujets historiques et collectifs, comme l’antisémistme et la collaboration. Mais aussi de désirs profondément humains et individuels : la jalousie, la vengeance…
Le point central de ce spectacle, c’est surtout le duel, la joute verbale entre les deux personnages principaux. Un journaliste inquisiteur et accusateur face à une artiste enfermée dans le silence, et on voit à travers eux deux visions opposées de l'après-guerre. D’un côté le déni se voulant fédérateur et qui préfère oublier le passé au profit du mythe de la France résistante. De l’autre, au contraire, une quête féroce pour le devoir de mémoire prêt à tout pour mettre en lumière les horreurs de la guerre.
Et les comédiens retransmettent ces sentiments à merveille : on peut réellement ressentir la honte et la colère, parfois l’hypocrisie. Avec des pics bien placés qui partent à toute vitesse, on entre avec eux dans ce huis clos sans répit, sentant le stress monter jusqu'aux révélations finales.
Et leur conversation nous pousse nous aussi à la remise en question, sur cette vision de la France majoritairement résistante et sur les tabous qu’il peut y avoir dans nos propres familles. D’ailleurs, la pièce réussit à relier l’histoire avec des débats politiques actuels comme la cancel culture, la séparation de l’homme et de l’artiste ou les traumatismes intergénérationnels.
Enfin, le spectacle captive grâce à une mise en scène multimédia où les scènes vidéos se fondent avec les comédiens. C'est captivant. Les échanges sont lus à voix haute par des comédiens en arrière plan ou en vidéo qui hantent les personnages mais aussi le public, et l’ambiance sonore nous plonge dans l'histoire avec la pluie qui tombe sur le toit ou l’aboiement des chiens dans le camp. On est totalement inclus dans l'histoire, alors même qu'elle est basée sur un ensemble de lettres.
Le spectacle porte donc bien son nom puisque qu’on reconstitue cette enquête de famille pièce par pièce, lettre par lettre, tenus en haleine comme si on était nous même ce journaliste d’investigation.



















