
22 Minutes
Il y a 45 ans, le Pape a failli mourir. Le 13 mai 1981, un jeune terroriste turc, Ali Agča tire trois coups de feu sur Jean-Paul II qui y échappe de justesse. Deux années après, le Saint-Père décide d'aller voir son agressseur en prison, et décide de le pardonner. Ils se sont parlés 22 minutes : que se sont-ils dit ? Personne ne le sait mais Benoit Solès l'imagine dans ce seul-en-scène !
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L'équipe artistique
Ecrit, mis en scène et interprété par Benoit Solès
Musique de Marc Demais
Lumières de Denis Koransky
Collaboration artistique Sophie Nicollas et Anne Plantey
Vous connaissez forcément Benoit Solès. Vous avez probablement vu La Machine de Turing, immense succès aux 4 Molières. Vous avez peut-être découvert l’histoire de Jack London dans La Maison du Loup, ou celle du Fantôme de l’Opéra. Benoit Solès est un grand habitué des personnages historiques, qu’il s’approprie pour raconter leur parcours et leur destin. Pour la première fois, il est seul sur scène avec l’envie de raconter les dessous de l’un des événements marquants du XXe siècle : l'attentat contre le pape Jean-Paul II. Nous avons eu la chance de découvrir le spectacle à Paris avant son arrivée au Festival Off d’Avignon.
La critique de l'Affiche
L'avis de
Martin
Alors que les lumières sont encore allumées, sans annonce, sans effet, Benoit Solès entre sur le plateau depuis le fond de la scène. Seul. Enfin, pas vraiment. Dès cet instant, avec son regard perçant, on le devine habité. Il s’avance, tout le monde se tait. « Je m’appelle Ali Ağca, je vais vous raconter comment j’ai failli tuer le pape » (pardonnez-moi si ce ne sont pas les mots exacts). Dès la première phrase, il nous embarque dans son voyage, dont on ne décrochera jamais avant le salut final.
Une histoire presque vraie et passionnante
Mehmet Ali Ağca a évidemment existé. Militant d’extrême droite turque, il appartenait au groupuscule ultra-nationaliste « Les Loups gris ». Après avoir assassiné un homme de presse en Turquie, Ali Ağca est surtout connu pour avoir tenté de tuer le pape Jean-Paul II. Ce dernier lui a pardonné et l’a rencontré en prison lors d’un entretien de 22 minutes dont on ne sait rien. Ici, Benoit Solès nous propose de retracer la vie de ce jeune Turc. Comment en arrive-t-on à vouloir tuer le pape ? Que se passe-t-il dans les quelques heures qui précèdent ? Que s’est-il dit lors de cet entretien historique ? Des questions dont l’auteur a imaginé les réponses pour créer ce spectacle à mi-chemin entre réalité et fiction. Et ça fonctionne. Le sujet est passionnant et l’écriture de Benoit Solès très efficace, il faut dire qu'il a le don de rendre les choses claires et accessibles. On voyage à travers la jeunesse d’un jeune garçon auquel on s’identifie aux premiers abords. Puis, lorsque l’on se rapproche de l’attentat, l’aspect voyeuriste lié à l’idée de connaître les quelques heures précédant un tel acte nourrit notre curiosité. Enfin, les raisons de l’échec de cet acte et le pardon du pape questionnent notre propre spiritualité et notre rapport aux autres.
Une humanisation qui ouvre des clés de lecture
Finalement, Benoit Solès nous propose quelque chose de rare : remettre de l’humain derrière un acte barbare. Ali Ağca est un homme qui n’est pas devenu terroriste du jour au lendemain. Il y a derrière ses actes une construction idéologique, un rapport à la société, un enrôlement doctrinal très intéressant à questionner. Mais dans notre société, qui a malheureusement fait face à de nombreux actes terroristes, on ne prend que rarement le temps de s’interroger sur leurs auteurs. Attention : jamais Benoit Solès n’excuse Ali Ağca de ses atrocités. Il ne s’agit ni de le défendre ni de minimiser sa responsabilité, mais simplement d'essayer de le comprendre. Alors pourquoi faire, me direz-vous ? Eh bien, pour essayer de comprendre les dysfonctionnements de notre monde qui amènent à une telle déshumanisation. Répondre à moins d’humain par plus d’humain. Quant à l’attitude du pape, elle aussi mise en lumière, elle nous ouvre à une réflexion plus spirituelle et sociétale sur notre rapport au pardon.
Un objet théâtral très efficace
Pour raconter un tel récit, Benoit Solès a donc décidé d’être seul sur scène. Avec uniquement un tapis, une veste et une chaise. Mais surtout avec une « création visuelle et sonore » artistiquement très réussie, et surtout au service du texte, de l’immersion et de l’émotion. Les sons, effets et musiques de Marc Demais nous font voyager et soutiennent les moments de tension, tout comme le travail de lumière, d’une grande précision, qui soutient chacun des propos. Il me reste à vous parler du comédien, qui prouve ici une nouvelle fois son immense talent . Il met dans son interprétation d’Ali Ağca un mélange habile de colère, de détermination et, en même temps, de grande détresse.
Vous l’aurez compris, j’ai complètement voyagé dans cette histoire. J’ai frissonné, j’ai ressenti de vrais moments de tension, j’ai été ému et je me suis questionné. Je crois qu’il s’agit là des raisons pour lesquelles j’aime tant le théâtre. Et ce type de spectacle en est l’exact exemple.













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