
Quand on dort on n’a pas faim
Le seul en scène d’Anthony Martin débute par ses années de prépa littéraire au lycée Henri IV, où il réalise qu’il a seulement grandi avec des figures blanches ou hétéros. Il reprend alors le genre du conte médiéval comme un récit initiatique où il construit son propre mythe en cassant les codes. Il raconte son histoire à travers le drag, la danse ou encore le cabaret.
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L'équipe artistique
Écriture, mise en scène et jeu Anthony Martine
Costumes et jeu Mérèndys Martine
Assistanat mise en scène Fabien Chapeira
Dramaturgie Léo Landon Barret
Création musicale et musique live Louise BSX
Création vidéo Maël Kajdan
Création lumière Jérome Baudouin
Scénographie et accessoires Shehrazad Dermé
Assistanat scénographie Maya Ali
Production et diffusion Sergio Chianca
La critique de l'Affiche
L'avis de
Mordue
Il y a des choses dans ce spectacle qu'on reconnaît immédiatement. Pas parce qu'on a vécu la même vie qu'Anthony Martine - noir, gay, élevé aux rêves de Fanny Ardant et de Raiponce - mais parce que certains gestes d'enfance sont universels. Se faire une promesse à soi-même, par exemple. Se jurer quelque chose dans le noir, la nuit, avec le sérieux absolu de qui n'a pas encore appris à faire semblant. Moi aussi j'ai fait ça. Et ça, on ne s'y attend pas forcément en entrant dans la salle.
Le point de départ, c'est la prépa. Deux ans au lycée Henri IV à comprendre, progressivement, que toutes ses idoles étaient blanches et hétéro. Alors Anthony Martine prend le genre le plus blanc qui soit - le conte médiéval - et le retourne comme un gant. Ce qui surgit à la place, c'est quelque chose qu'on n'a pas de nom tout fait pour désigner : un objet hybride, décousu, fulgurант, qui suit la logique d'une pensée en train de se faire plutôt que celle d'un récit qui se déroule.
Et c'est là que ça devient intéressant, et un peu déroutant. Quand on dort on n'a pas faim n'a pas la continuité d'un seul en scène classique. On passe d'un espace à l'autre, d'une ambiance à l'autre, d'une référence littéraire à un mème de pop culture, sans transition préparée. C'est parfois décousu. On peut se perdre. Mais c'est aussi exactement le mouvement d'une pensée qui ne demande pas la permission d'être dense.
Ce qui tient tout ensemble, c'est lui. Anthony Martine sur scène, c'est une présence totale : corset, bottes à talons, faux ongles en griffes, et un maquillage qui dit déjà tout avant qu'il ait ouvert la bouche. Mention spéciale à la vidéo qui n'est pas là comme simple habillage, pas là pour illustrer mais pour ouvrir d'autres dimensions à la narration.
Ce spectacle n'est pas juste un spectacle queer. Il ne se laisse pas réduire à son étiquette, même flatteuse. C'est un monde à lui, avec ses règles, son esthétique de bric-et-de-broc assumée, ses palais en carton-pâte et son épée d'Excalibur en toc. Un peu dans son délire, oui. Mais un délire habité, précis, qui finit par attraper quelque chose de vrai.


















