
La vie est un songe
À sa naissance, Sigismond est enfermé dans une tour : une prophétie annonce qu’il deviendra un tyran. Des années plus tard, son père le libère et le place au pouvoir. Propulsé dans un monde qu’il ne connaît pas, Sigismond explose, puis se réveille enfermé à nouveau. Mensonge ? Rêve ? Destin ? Entre illusion et réalité, un homme apprend à lutter contre ce qu’on a décidé pour lui.
La critique de l'Affiche
L'avis de
Mordue
C'est le deuxième travail de Loïc Mobihan en tant que metteur en scène que je vois, et j'avoue que j'avais un peu peur. Si ce nouveau spectacle ressemblait au premier, ce serait certes un très beau travail poétique, mais pas forcément une histoire qui me captiverait vraiment. Je me suis complètement trompée. Avec cette Vie est un songe, Loïc Mobihan réussit un grand chelem : un texte sublime porté par une histoire prenante, une scénographie magnifique et une direction d'acteurs au cordeau.
Loïc Mobihan a donné à cette Vie est un songe des allures de conte initiatique. En traitant cette pièce baroque comme une fable, il nous embarque dans une histoire qui nous tient vraiment. Il y est question de sommeil profond, comme dans Roméo et Juliette, d'histoires de familles, de jeunes gens qui découvrent le monde. On retrouve même quelque chose de La Dispute de Marivaux dans la candeur de ces personnages. Derrière cette apparente simplicité se glissent délicatement les questions que soulève la pièce : si vous découvriez soudain que vous êtes prince, si vous pouviez tout faire, choisiriez-vous de faire le bien ou le mal ? Et ce roi qui enferme son fils pour éviter qu'il devienne un tyran, n'a-t-il pas justement créé le monstre qu'il voulait éviter ?
Ce qui impressionne tout particulièrement, c'est le travail sur la langue. Loïc Mobihan est allé jusqu'au bout de son exigence, rendant le texte accessible sans rien perdre de sa beauté. Il y a quelque chose de shakespearien dans ce mélange réussi : la poésie de la langue se marie à la philosophie nichée au cœur de l'histoire, le tout traversé par un humour qui cohabite avec des questionnements plus profonds. Amour, désir, questions de loyauté, intrigues multiples s'entremêlent avec une énergie passionnée, pleine d'élan. Mention spéciale à Félix Beaupérin, impressionnant de justesse en prince Sigismond, et à Padrig Vion qui incarne un personnage shakespearien fantasque et quasi-merveilleux.
Et puis il y a l'image. Certains tableaux sont d'une beauté sidérante. On pense au Caravage dans ces jeux d'ombre et de lumière. Le spectacle joue avec le rêve, navigue entre prison et palais avec une fluidité qui nous tient en haleine du début à la fin. Et c'est bien là toute la force de ce travail : on n'a pas l'impression d'être devant un monument du théâtre espagnol, plutôt embarqué dans une grande histoire.
Les contenus

Bande-annonce
L'équipe artistique
Texte Pedro Calderón de la Barca (1635)
Traduction Céline Zins (Le Manteau d’Arlequin – Gallimard)
Mise en scène Loïc Mobihan
Avec Capucine Baroni, Félix Beaupérin, Ilan Benattar, Marc Berman, Gabriel De La Fuente, Dominic Gould, Mikaël-Don Giancarli, Emilie Lehuraux, Padrig Vion
Dramaturgie Françoise Jay
Assistanat à la mise en scène Adèle Lefevre
Scénographie Clémence Bezat
Costumes Brice Wilsius
Lumières Antoine Duris
Son Théo Cardoso
Coiffure et maquillage Cécile Larue





























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