
Ma nuit à Beyrouth
Renouveler un passeport devrait être une formalité. À Beyrouth, en 2022, c’est le début d’une longue nuit dans une ville frappée par les crises. À partir d’une histoire vécue, le spectacle mêle théâtre et danse pour raconter un Liban où l’humour et la poésie trouvent encore leur place, même au cœur du chaos.
2026-07-04
19:15
2026-07-05
19:15
2026-07-06
19:15
2026-07-07
19:15
2026-07-08
19:15
2026-07-09
19:15
2026-07-11
19:15
2026-07-12
19:15
2026-07-13
19:15
2026-07-14
19:15
2026-07-15
19:15
2026-07-16
19:15
2026-07-18
19:15
2026-07-19
19:15
2026-07-20
19:15
2026-07-21
19:15
2026-07-22
19:15
2026-07-23
19:15
L'équipe artistique
De Mona El Yafi
Mise en scène Mona El Yafi
Chorégraphie Nadim Bahsoun
Interprétation Mona El Yafi
Danse Nadim Bahsoun
Collaboration artistique Ayouba Ali
Conception Nadim Bahsoun
Diffusion Elise-Marie Bontinck
Costumes Gwladys Duthil
Conception Mona El Yafi
Texte Mona El Yafi
Création son Najib El Yafi
Régie Océane Farnoux
Création lumière Océane Farnoux
Scénographie Marcel Flores et Chloé Julien
Collaboration artistique Krystel Khoury
Création lumière Alice Nedelec
Production Giulia Pagnini
Scénographie Atelier Paradis Décors
Collaboration artistique Elise Prévost
Collaboration artistique Vincent Reverte
Presse Caroline Soualle
La critique de l'Affiche
L'avis de
Nolwenn
Dans une salle sombre, deux personnages surgissent de nulle part. Un homme. Il danse sur un texte proche d’un slam, porté par des basses. Une femme. Elle le regarde en mangeant des framboises.
L’histoire se dessine : un français change son passeport français en France, il prend rendez-vous sur le champ et obtient le document 2 mois plus tard, en râlant un peu au passage. Quoi de plus banal ? Sauf que ce spectacle ne s’appelle pas “Mon rendez-vous à Paris” mais “Ma nuit à Beyrouth”. Alors ne faites pas confiance à ma description et remplacez “France” par “Liban”, “français” par “libanais”. Là, l’histoire se complique.
Un libanais vivant à l’étranger rejoins le Liban pour renouveler son passeport libanais, en pensant que la procédure sera plus simple que de se rendre en ambassade. Surprise : la bureaucratie a bien changé. Il devra attendre toute une nuit à Beyrouth, plusieurs nuits même, debout dans le noir, pour obtenir un rendez-vous. Cette expérience, tous les libanais expatriés la vivent. Tous ? L’homme que nous suivons va finir par en douter et nous avec. La nuit semble cacher un petit nombre de privilégiés et un système corrompu. On n’aura jamais le fin mot de l’histoire, on comprend seulement que quelque chose cloche. Ce quelque chose semble bien plus grand que nous. On est dépassé. Ce moment passé avec les deux personnages raconte, sans le dire, les effets des guerre, de la pandémie, de l’explosion du port de Beyrouth, sur toute une administration. Alors, il attend.
“Ab-errance”, un mot qu’on entend et qui résonne étrangement. Il faut rester digne, tout ça pour un ticket. La situation, sans porter l’urgence d’un danger immédiat, nous laisse beaucoup de questions. Elle narre l’histoire par la parole et la poésie, lui par le corps et le chant. En quelques dialogues, les dangers à long terme apparaissent. Tout ce que révèle cette situation. Il attend un bout de papier, petit et froissé, qui lui permettra de renouveler son passeport. La lumière, soignée, nous montre le temps qui passe. Ce sont les phares des voitures qui longent la file d’attente et nous éblouissent. Dans la salle, une part de nous attend avec lui, l’autre ne peut comprendre pleinement l’attente. Lui y passera plusieurs nuits, debout. Nous, nous sommes assis confortablement dans nos fauteuils. Des témoins silencieux.
Entre alors dans l’équation le talent du danseur Nadim Bahsoun, qui raconte l’effet du temps sur le corps par le mouvement. Une tension douce s’installe dans l’obscurité. L’immobilité et la nuit coupent certains sens pour en éveiller d’autres. Le temps s’étire. Les souvenirs remontent. Le duo partage une belle complicité au plateau, pleine de bienveillance. On ressent cette alchimie depuis notre poste d’observation. Elle adoucit la difficulté et l’absurdité du moment.
Au Liban, le passeport n’est pas une formalité, il peut être vital. En France, on a la chance qu’il soit presque banal, et ça fait réfléchir. On en sort à la fois révolté par la situation, par la défaillance d’un système qui se glisse entre les lignes du récit, mais aussi apaisé puisqu’on a pris le temps d’écouter cette histoire et de voir toute la frustration transformée en force motrice de danse et de poésie. Ce spectacle encourage à ralentir pour réfléchir, à méditer !




















